29 août 2025 : la nuit où l’armée nigérienne a failli basculer

Le calme est revenu dans les rues de Niamey, mais il serait trompeur de croire que la crise est close. La tentative de mutinerie du 29 août a été matée, mais ses répercussions politiques pourraient bien ébranler le régime du général Abdourahamane Tiani bien plus durablement qu’une simple échauffourée.
Une rébellion nourrie par les frustrations du front
Dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires issus d’unités déployées sur les lignes de front ont tenté de s’emparer de points stratégiques de la capitale, dont la base aérienne 101 et des abords du palais présidentiel. Cette action, rapidement qualifiée de putsch par les autorités, a été contenue grâce à l’intervention décisive des paramilitaires russes de l’Africa Corps, dépêchés pour prêter main-forte aux forces loyalistes.
Mais au-delà de l’issue militaire, c’est le symbole qui interpelle : des soldats nigériens ont été affrontés par des forces étrangères venues défendre un régime qui se réclamait pourtant de la souveraineté nationale.
Une souveraineté à géométrie variable
Depuis le coup d’État de juillet 2023, le général Tiani a bâti sa légitimité sur le rejet des présences militaires française et américaine, dénoncées comme des entraves à l’indépendance du Niger. Les troupes françaises ont été renvoyées, les Américains priés de partir, et les accords de coopération militaire avec l’Occident ont été dénoncés.
Pourtant, cette indépendance proclamée a montré ses limites lorsque le régime a dû solliciter l’appui de Moscou pour mater une révolte interne. La question qui fâche désormais : à quoi bon avoir chassé les soldats français si c’est pour que des forces russes protègent le pouvoir contre ses propres militaires ?
Le contraste est d’autant plus frappant que ces mêmes soldats nigériens, engagés dans une lutte meurtrière contre les groupes jihadistes, voient leurs sacrifices bafoués par cette ingérence étrangère. Leur colère, longtemps contenue, semble avoir trouvé un exutoire dans cette tentative de renversement.
Le régime de plus en plus isolé au sein de l’armée
La mutinerie du 29 août n’est pas un simple incident. Elle témoigne d’une fracture profonde entre une partie de l’armée et un pouvoir qui semble s’être coupé des réalités du terrain. Les soldats qui combattent au quotidien les groupes armés voient leurs camarades tomber, subissent des conditions difficiles, et constatent que les promesses de sécurité faites par la junte restent lettre morte.
Dans ce contexte, l’intervention russe pour réprimer une mutinerie composée de soldats nigériens a agi comme un révélateur : comment accepter que des étrangers tirent sur des compatriotes pour maintenir au pouvoir un régime de plus en plus contesté ?
Tiani, du pourfendeur de Bazoum au protégé de Moscou
Le paradoxe est saisissant. En 2023, Tiani justifiait son putsch par la nécessité de libérer le Niger d’un régime civil incapable d’assurer la sécurité. Aujourd’hui, c’est lui qui doit sa survie à des forces étrangères. Cette dépendance nouvelle pourrait devenir son point le plus vulnérable, d’autant que le président déchu Mohamed Bazoum aurait, selon certaines informations, refusé une intervention française pour privilégier le dialogue, facilitant ainsi la prise du pouvoir par la junte.
L’histoire retiendra que celui qui a chassé les Français pour restaurer la souveraineté nationale en est réduit à appeler les Russes à la rescousse pour conserver son fauteuil.
L’Algérie entre dans la danse
Autre signe des temps : l’Algérie a déployé des moyens militaires à Niamey après la tentative de putsch, notamment des avions de combat et de transport. Une première pour Alger, qui s’était jusqu’ici gardée d’engager ses forces hors de ses frontières. Si les soldats algériens ne sont pas intervenus directement, leur présence symbolise un soutien stratégique au régime de Tiani.
Mais cette démonstration de force soulève une interrogation : combien de puissances étrangères faudra-t-il pour maintenir un pouvoir qui perd progressivement l’adhésion de sa propre armée ?
Le volcan gronde sous les casernes
La mutinerie d’août pourrait bien être le signe avant-coureur d’une révolte plus large. Les armes russes ont permis à Tiani de gagner du temps, mais elles n’ont rien réglé des frustrations des soldats. Les jihadistes continuent de frapper, les pertes s’accumulent, et la troupe ne voit aucune amélioration de ses conditions.
Un régime peut se maintenir par la force tant qu’il bénéficie de soutiens étrangers, mais aucune puissance ne pourra éternellement compenser la défiance d’une armée nationale. Le général Tiani aurait tout intérêt à regarder au-delà des murs de son palais : le véritable danger pour son régime ne se trouve ni à Paris, ni à Washington, mais dans les casernes nigériennes, où la colère gronde contre ceux qui ont livré le pays à Moscou.