AEa actualité : l’Alliance des États du Sahel en crise après le refus de renforts militaires

L’Alliance des États du Sahel (AES) est confrontée à une crise majeure de légitimité après avoir échoué à tenir ses engagements lors des récentes attaques djihadistes au Mali. Fin avril 2026, les positions des forces maliennes ont été ciblées simultanément par deux groupes armés, mais ni le Burkina Faso ni le Niger n’ont répondu à l’appel à l’aide. Pourtant, la charte du Liptako-Gourma, signée en septembre 2023, stipule clairement un devoir d’assistance mutuelle entre les trois pays dirigés par des juntes militaires.

Les offensives, menées par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM, lié à Al-Qaïda) et le Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA), ont frappé des zones stratégiques du nord et du centre du Mali. Les pertes humaines et matérielles subies par Bamako soulignent l’absence de solidarité opérationnelle au sein de l’alliance, malgré des discours unificateurs.

Une alliance militaire en théorie, mais une réalité désincarnée

Le texte fondateur de l’AES est sans ambiguïté : toute agression contre l’un de ses membres doit être considérée comme une menace collective, engageant une réponse militaire coordonnée. Cette logique rappelle l’article 5 de l’OTAN, mais la transposition sahélienne se heurte à des réalités bien différentes.

Les deux autres membres de l’alliance, le Burkina Faso et le Niger, font face à des défis sécuritaires internes majeurs. Le capitaine Ibrahim Traoré doit gérer une insurrection djihadiste qui grignote le territoire burkinabè, tandis que le général Abdourahamane Tiani recentre ses forces sur les frontières nigériennes pour contrer les menaces transfrontalières. Aucun des deux pays ne peut se permettre de détourner des troupes vers le Mali sans affaiblir ses propres défenses.

Au-delà des contraintes logistiques, l’absence de gestes concrets – déploiement symbolique, partage de renseignements ou livraison de matériel – interroge sur la volonté réelle de solidarité. L’AES, officiellement créée en juillet 2024 à Niamey, peine à mettre en place des structures décisionnelles efficaces en cas de crise.

Le Mali seul face à une menace en mutation

Le colonel Assimi Goïta se retrouve dans une position délicate. Le retrait de la MINUSMA fin 2023 et la rupture avec les alliés occidentaux ont laissé l’armée malienne dépendante d’un soutien russe en pleine réorganisation. L’Africa Corps, successeur du groupe Wagner, intervient désormais sous contrôle direct du ministère russe de la Défense, avec une approche plus institutionnelle mais des effectifs encore instables.

Les revers subis fin avril révèlent des failles dans la coordination entre les forces maliennes et leurs auxiliaires. Les groupes armés ont profité d’un manque de synchronisation tactique pour lancer des attaques simultanées, exploitant une vulnérabilité inattendue. Cette coordination entre djihadistes et indépendantistes du CSP-DPA inquiète particulièrement l’état-major malien.

Une alliance plus politique que militaire

Le refus de renforts par le Burkina Faso et le Niger éclaire la nature profonde de l’AES. Celle-ci fonctionne avant tout comme un outil de légitimation des régimes militaires et un levier pour s’affranchir de la Cédéao, dont la sortie a été actée en janvier 2025. Les projets économiques, comme une future monnaie commune ou un passeport biométrique, mobilisent davantage les diplomaties que les questions de sécurité.

Pour les dirigeants sahéliens, l’épisode d’avril sert d’avertissement : sans solidarité militaire tangible, chaque pays devra compter sur ses propres ressources ou sur des partenariats extérieurs. La crainte d’une dilution de l’AES en une simple alliance politique, vidée de sa substance défensive, gagne du terrain parmi les états-majors de la région.