Algérie et groupes jihadistes au Mali : une stratégie de contrôle depuis 20 ans

L’Algérie, acteur clé des crises sécessionnistes et jihadistes au Mali depuis 2001

La géographie ne ment pas : le Mali et l’Algérie partagent plus qu’une frontière. Leur destin est lié par le Sahara, cette étendue aride où se jouent des enjeux de pouvoir et de stabilité. Pour Alger, la priorité absolue reste le contrôle du nord-Mali, une région où les revendications touarègues menacent directement ses propres équilibres internes. Depuis plus de deux décennies, une stratégie silencieuse mais redoutable se déploie : instrumentaliser les groupes jihadistes pour neutraliser toute velléité d’autonomie dans l’Azawad.

Les racines historiques d’une politique de containment

Dès les premières heures de son indépendance, l’Algérie a adopté une approche proactive vis-à-vis du Sahel. En 1963-1964, lors du premier soulèvement touareg contre Bamako, Alger n’a pas hésité à autoriser l’armée malienne à poursuivre les rebelles bien au-delà des frontières officielles, jusqu’aux confins du massif des Kel Adrar. Une décision lourde de conséquences, révélatrice d’une volonté de maîtriser les dynamiques régionales.

En 1991, face à la deuxième rébellion touarègue, l’Algérie a endossé le rôle d’arbitre incontournable. Les Accords de Tamanrasset, signés sous son égide les 5 et 6 janvier, ont marqué un tournant. Pourtant, la paix resta éphémère, comme en témoigne l’éclatement de la troisième guerre touarègue en 2006. Une fois encore, Alger a joué un rôle central dans la signature des Accords d’Alger, sans pour autant résoudre les tensions structurelles.

De 2007 à aujourd’hui : l’Algérie façonne un foyer terroriste contrôlé

La quatrième guerre touarègue (2007-2009) a révélé l’étendue des manœuvres algériennes. Ibrahim Ag Bahanga, figure emblématique de la rébellion, a trouvé refuge et soins en Algérie après avoir été blessé au combat. Son parcours illustre la porosité des frontières entre les acteurs armés et les services secrets algériens. En 2009, après un semblant de stabilisation, la situation a basculé en 2012 avec l’irruption des groupes jihadistes. Une aubaine pour Alger.

Le 15 mai 2015, l’Accord de paix d’Alger a été signé, mais les combats ont persisté. Pourquoi ? Parce que pour l’Algérie, l’enjeu n’était pas la paix, mais le contrôle. En transformant le nord-Mali en zone de non-droit, Alger a atteint deux objectifs simultanés :

  • Écarter toute menace sécessionniste pour ses propres Touaregs, en présentant la région comme ingouvernable et dangereuse.
  • Se poser en rempart contre le terrorisme, alors même que ses services alimentaient discrètement les groupes armés pour maintenir un chaos gérable.

Une stratégie vieille de 20 ans : instrumentalisation et marginalisation

Dès 2001, une alliance inattendue s’est dessinée. Officiellement pourchassés par Alger, certains groupes jihadistes ont trouvé refuge au Mali, notamment dans les zones touarègues. Leurs armes ? Fournies par le DRS, les services de renseignement algériens. Cette manœuvre avait un but précis : marginaliser le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dont la victoire aurait pu inspirer les Touaregs algériens.

En créant un foyer terroriste au Mali, l’Algérie a donc réussi un double pari. D’une part, elle a neutralisé toute velléité d’autonomie dans l’Azawad en noyant les revendications touarègues sous des drapeaux noirs et des kalachnikovs. D’autre part, elle s’est positionnée comme le seul acteur capable de lutter contre ces mêmes groupes, renforçant ainsi son influence régionale.

Pourquoi cette politique persiste-t-elle ?

Le nord-Mali représente pour Alger une profondeur stratégique vitale. La crainte d’une contagion des revendications touarègues chez ses propres communautés nomades est une obsession permanente. En maintenant un état de crise chronique, l’Algérie préserve sa mainmise sur la région et évite toute déstabilisation interne.

Les accords signés au fil des années, qu’ils concernent les Touaregs ou les groupes jihadistes, n’ont jamais été conçus pour rétablir une paix durable. Leur véritable fonction ? Servir de paravent à une stratégie de contrôle à long terme, où la manipulation des acteurs armés devient un outil de politique étrangère.

Cette réalité, longtemps occultée, éclate aujourd’hui au grand jour. Les observateurs s’interrogent : jusqu’où ira cette politique de chaos contrôlé ? Et surtout, quel sera le prix à payer pour les populations maliennes, prises en étau entre les ambitions algériennes et les groupes armés.