Appel collectif pour protéger la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso

Sous l’impulsion de Reporters sans frontières (RSF), un collectif de 29 médias et organisations internationales a adressé une lettre ouverte aux dirigeants du Mali et du Burkina Faso. Cette initiative vise à dénoncer la multiplication des entraves à l’exercice du journalisme dans ces deux nations du Sahel.

Un vendeur de journaux mettant à la Une le coup d’État du 22 janvier 2022 au Burkina Faso. ©Olympie de Maismont – AFP

Face à une dégradation préoccupante de l’environnement médiatique, RSF et ses partenaires exigent l’arrêt immédiat des intimidations visant les reporters, qu’ils soient locaux ou internationaux. La lettre ouverte, envoyée aux autorités nationales ainsi qu’aux instances régionales et internationales, exhorte le Mali et le Burkina Faso à respecter leurs engagements en faveur de la liberté d’expression, notamment les principes édictés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

« Cette mobilisation solidaire souligne l’urgence de préserver la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso. À l’occasion de la journée mondiale dédiée à ce droit fondamental, les gouvernements en place doivent agir concrètement pour que les journalistes puissent travailler sans craindre de représailles », souligne Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de RSF.

Parmi les signataires figurent des médias de référence tels que Joliba Tv News au Mali et Lefaso.net au Burkina Faso, aux côtés d’organisations majeures comme la Fédération des journalistes africains (FAJ) et la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA). Ce cri d’alarme intervient alors que les deux pays reculent dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2023, le Burkina Faso chutant à la 58e place et le Mali à la 113e.

Burkina Faso : 110e rang (Score : 48,52)

Mali : 121e rang (Score : 45,63)

Une dérive autoritaire inquiétante contre les médias

La situation au Burkina Faso est marquée par des menaces de mort, des suspensions de médias internationaux comme RFI et France 24, et l’expulsion de correspondants de journaux tels que Le Monde et Libération. Ces mesures restrictives privent les citoyens de leur droit essentiel à une information plurielle.

Au Mali, le tableau est tout aussi sombre : saccage de la Maison de la presse à Bamako, arrestations de figures comme Mohamed Youssouf Bathily (alias Ras Bath) et Rokia Doumbia, ou encore l’enlèvement temporaire du journaliste Aliou Touré. Les médias Joliba TV, RFI et France 24 y ont également subi des suspensions ou des coupures de signal.

Cette répression est exacerbée par des « influenceurs » pro-régime qui utilisent les réseaux sociaux pour diffuser des fausses informations et harceler les voix indépendantes. Dans un contexte de crise sécuritaire, les signataires rappellent que la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier la mise en place d’un régime de terreur informationnelle.

Les revendications du collectif

Le Conseil supérieur de la communication (CSC) au Burkina Faso et des experts de l’ONU ont déjà exprimé leurs vives inquiétudes face au rétrécissement de l’espace civique. En conséquence, les signataires de la lettre ouverte demandent :

  • L’arrêt des mesures liberticides contre la presse.
  • Une protection accrue des journalistes par les forces de sécurité et une réaction ferme de la justice face aux menaces.
  • L’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les agressions et abus commis contre les professionnels des médias.
  • Le strict respect des traités internationaux sur les droits civils et politiques.

Liste des organisations signataires

  • AfrikaJom Center
  • Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB)
  • CENOZO
  • Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)
  • Human Rights Watch (HRW)
  • Reporters sans frontières (RSF)
  • Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)
  • France 24, Le Monde, Libération, RFI, Jeune Afrique