Arrestation de l’imam mohamad ishak kindo : une affaire qui divise au Burkina Faso
Arrestation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo : les raisons d’un tollé au Burkina Faso

L’interpellation de Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse sunnite de premier plan et président des Oulémas du Burkina Faso, a provoqué une onde de choc dans le pays. L’imam de 42 ans a été arrêté mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité, sans que les motifs officiels de cette détention ne soient communiqués. Son interpellation survient à peine deux jours après qu’il ait exprimé publiquement son opposition au nouveau projet de loi sur les libertés religieuses, adopté le 19 mars dernier.
Selon la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), dont il est proche, cette arrestation a été menée « dans des circonstances dont les raisons restent à éclaircir ». L’organisation a immédiatement saisi les autorités compétentes pour obtenir des explications et tenter d’obtenir sa libération.
Une arrestation controversée en pleine fête musulmane
L’interpellation, qui s’est déroulée vers 14 heures à Ouagadougou, a été marquée par des tensions. Plusieurs témoins rapportent que des éléments de sécurité, dont des policiers et des militaires encagoulés, ont procédé à l’arrestation. « L’opération a été violente, les fidèles présents ont tenté de s’interposer, ce qui a aggravé la situation », confie un proche de l’imam. Des blessés parmi les croyants sont à déplorer lors de l’opération.
Cette arrestation survient à la veille de l’Aïd al-Adha, une période sacrée pour la communauté musulmane. Les réseaux sociaux ont rapidement relayé un enregistrement audio dans lequel l’imam Kindo critiquait vivement le projet de loi sur les libertés religieuses. « Aucun dirigeant, qu’il soit chef d’État ou homme influent, ne peut interdire les prières dans l’espace public. Personne n’a le pouvoir de Dieu », avait-il lancé, mettant en garde contre toute tentative d’entrave à la pratique religieuse.
Mobilisation et répression après l’arrestation
Quelques heures après l’interpellation, des centaines de fidèles se sont rassemblés à Ouagadougou pour réclamer la libération de leur guide spirituel. La manifestation, rapidement dispersée par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogène, a illustré la colère suscitée par cette détention. La FAIB a appelé au calme, exhortant les musulmans à faire preuve de retenue dans cette période sensible.
Dans un contexte politique déjà tendu, cette affaire prend une dimension particulière. Le Burkina Faso est dirigé depuis près de quatre ans par un régime militaire, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs personnalités critiques du gouvernement ont disparu, et les autorités justifient leur politique sécuritaire par la lutte contre les groupes jihadistes qui menacent une grande partie du territoire.
Projet de loi sur les libertés religieuses : entre sécurité et controverses
Le texte adopté en mars 2026 vise à encadrer l’exercice des libertés religieuses pour limiter les dérives observées en ligne, notamment les discours de haine et les appels à la violence. Mariem Sanogo, directrice générale des affaires religieuses, a expliqué que cette révision était nécessaire pour lutter contre « le radicalisme, l’extrémisme violent et les propos inconvenants en ligne ».
Parmi les mesures phares, le projet de loi interdit la construction de lieux de culte dans les bâtiments administratifs, à l’exception des centres de santé, des prisons et des casernes. « L’État ne peut pas répondre à toutes les demandes d’espaces de prière dans les services publics, donc il a opté pour une interdiction générale », précise un responsable. En revanche, la prière dans l’espace public reste autorisée, à condition de respecter les croyances des autres.
Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été formulée concernant l’imam Kindo. Alors que la tension persiste au sein de la communauté musulmane, les autorités se contentent de rappeler leur détermination à lutter contre toute forme de déstabilisation. Le retour au calme dépendra en grande partie des suites réservées à cette affaire.
