Au Sénégal, la vie des homosexuels devient insoutenable après le durcissement des lois
Au Sénégal, l’homosexualité n’a jamais été un sujet simple. Pourtant, depuis le vote d’une loi en mars dernier, qui double les peines encourues pour relations homosexuelles, la situation est devenue intenable pour des dizaines de personnes. Les appels à l’aide en direction de la France se sont multipliés, portés par des associations locales et internationales qui tentent de coordonner leurs efforts pour sauver ceux qui risquent chaque jour un peu plus d’être arrêtés, rejetés, voire pire.
Chérif* a atterri en France début juin avec une seule idée en tête : ne plus jamais remettre les pieds au Sénégal. « Ils allaient m’arrêter, c’était sûr. » Son angoisse n’est pas infondée. Quelques semaines plus tôt, un homme qu’il fréquentait avait été interpellé par les autorités. La nouvelle avait fait la une des médias locaux. Pire : cet homme était présenté comme un proche d’Ousmane Sonko, figure politique majeure du pays, qui avait justement porté le projet de loi alourdissant les peines. Depuis, les arrestations de personnes homosexuelles se sont enchaînées, alimentant un climat de suspicion généralisée.
« Dès que j’ai appris son arrestation, j’ai su que mon tour venait. Mon ami avait mon numéro, mes messages, des photos…, confie-t-il sous couvert d’anonymat. J’ai tout effacé en urgence, effaçant au passage des années de vie clandestine. »
Un climat de haine qui ne laisse aucune échappatoire
Au Sénégal, l’ambiance est devenue irrespirable. Dans les foyers, les rues, les médias ou sur les réseaux sociaux, les discours contre les personnes homosexuelles se multiplient sans filtre. « Ils corrompent la jeunesse, ils sapent les valeurs familiales… » : ces phrases, répétées en boucle, ont fini par créer une atmosphère de chasse aux sorcières. Plus personne n’ose afficher son orientation, même en privé.
Les associations locales, bien que discrètes, tentent de réagir. Stop Homophobie, SOS Homophobie et Le Refuge, trois organisations françaises, ont uni leurs forces pour accompagner les demandes d’asile et les départs vers l’Europe. Mais le nombre de cas explose. « On reçoit des appels toutes les heures, des personnes prêtes à tout pour quitter le pays avant qu’il ne soit trop tard, explique un responsable d’une structure d’accueil. Certains n’ont même pas le temps d’organiser leur fuite. »
Fuir ou disparaître : le dilemme des personnes LGBTQ+ au Sénégal
Pour ceux qui restent, la survie quotidienne relève du parcours du combattant. Les familles, souvent les premières à rejeter leurs proches, deviennent des ennemis. Les employeurs licencient au moindre soupçon. Les forces de l’ordre traquent les moindres indices, fouillant téléphones et comptes en ligne. « On vit comme des fantômes, en attendant que la police frappe à notre porte, confie une autre personne, dont le nom ne peut être divulgué. Même dans les hôpitaux, certains médecins refusent de soigner des patients homosexuels par peur des représailles. »
La loi, votée en mars 2026, a tout changé. Avant, une relative tolérance existait, malgré le rejet social. Aujourd’hui, avec des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison, le risque est devenu trop grand. Les demandes d’asile en France, déjà en hausse depuis des années, ont grimpé en flèche. Mais les procédures sont longues, et les centres d’accueil saturés.
Pour Chérif, la décision était simple : « Rester, c’était signer son arrêt de mort. Partir, c’était peut-être sauver sa peau. » Mais pour des centaines d’autres, le choix n’existe pas. Ils sont piégés, entre une société qui les rejette et un État qui les criminalise.