Auguste miremont : l’héritage politique de houphouët-boigny sous le prisme d’ouattara

Auguste Miremont, ancien ministre de la Communication ivoirien : « le Président Ouattara incarne le meilleur de l’héritage d’Houphouët-Boigny »

Auguste Miremont

Avec plus de huit décennies de vie et près de trente ans au cœur de l’action politique ivoirienne, Auguste Miremont, premier ministre de la Communication de Côte d’Ivoire (1989-1993) et ancien directeur général de Fraternité Matin, offre un regard unique sur l’histoire contemporaine de son pays. Son parcours, désormais immortalisé dans l’ouvrage « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », révèle une analyse fine des défis et des réussites qui ont façonné la Côte d’Ivoire moderne.

Un livre né d’une volonté de transmission, pas de glorification

Auguste Miremont a longtemps hésité avant d’accepter ce projet. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un exercice de vanité personnelle, mais bien d’une mission de transmission à l’intention des générations futures. L’auteur, Michel Koffi, a su convaincre l’ancien ministre en mettant en avant l’importance de laisser une trace écrite de son expérience, acquise au fil de décennies de service public et de responsabilité médiatique.

« On ne traverse pas autant d’étapes de l’histoire d’un pays sans laisser une empreinte », confie-t-il. Les encouragements de ses proches, mais aussi les sollicitations du corps préfectoral lors de cérémonies officielles, l’ont finalement convaincu. Le titre du livre, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté…, reflète cette volonté de partager une vision authentique et sans concession de la politique ivoirienne.

Entretiens de 30 heures : une plongée intime dans l’histoire ivoirienne

Les échanges entre Auguste Miremont et Michel Koffi, s’étalant sur près de 30 heures, ont permis d’aborder des sujets aussi variés que les crises sous Houphouët-Boigny, les tensions successorales entre Bédié et Ouattara, ou encore les enjeux économiques et sociaux du pays. Miremont, toujours marqué par son passé de journaliste, n’a pas hésité à corriger et reformuler les retranscriptions pour garantir la précision du récit.

« Michel a compris qu’il ne fallait plus me montrer les brouillons, sinon nous n’aurions jamais terminé », explique-t-il avec humour. Le résultat est un ouvrage qui dépasse le simple récit biographique pour offrir une analyse pointue des mécanismes politiques ayant façonné la Côte d’Ivoire.

Houphouët-Boigny : la magie politique d’un modèle

Auguste Miremont ne cache pas son admiration pour le premier Président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny. « La Côte d’Ivoire n’a jamais été un long fleuve tranquille », rappelle-t-il. Sous son règne, le pays a connu une stabilité remarquable, malgré des crises internes et des tensions sociales. Le génie d’Houphouët résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et agir au moment opportun.

Miremont, alors ministre de la Communication et responsable du journal officiel, a développé avec Houphouët-Boigny des rapports fondés sur le respect mutuel. « Il m’appelait De Miremont », raconte-t-il. Une marque de déférence qui, selon lui, reflétait la profondeur historique de leur relation. « Il avait un sens aigu de l’histoire de son pays et de ceux qui y contribuaient », souligne-t-il.

Les moments les plus douloureux : le coup d’État de 1999 et ses conséquences

Sans hésiter, Auguste Miremont évoque les années de rupture institutionnelle comme les plus éprouvantes de sa carrière. Le coup d’État contre le Président Henri Konan Bédié en 1999 et les violences qui ont suivi – notamment la mort de Robert Guéï et d’Émile Boga Doudou – l’ont profondément marqué. « J’ai pleuré à l’aéroport en apprenant ces tragédies », confie-t-il.

Pour lui, ces événements ont brisé l’image d’une Côte d’Ivoire stable et respectée, modèle de développement en Afrique de l’Ouest. « Nous étions perçus comme un pays capable d’accueillir et d’aider les autres. Tout à coup, nous sommes devenus un sujet d’inquiétude pour la presse internationale », explique-t-il avec émotion.

Ouattara : l’élève le plus brillant de l’école Houphouët-Boigny

Interrogé sur la filiation politique entre Houphouët-Boigny et le Président Alassane Ouattara, Auguste Miremont est catégorique : « Ouattara est celui qui a le plus appris du génie Houphouët-Boigny ». Il salue son doigté, sa patience, son écoute et sa capacité à réagir au bon moment.

Cependant, il note une différence notable dans l’attitude d’Ouattara selon les périodes de sa carrière. « Quand il était Premier ministre, il était d’une fermeté extrême. Une simple erreur pouvait entraîner un limogeage immédiat. Aujourd’hui, il est plus mesuré, peut-être en raison de l’expérience et de l’âge. »

Un Premier ministre courageux et respectueux

Auguste Miremont évoque avec admiration le Premier ministre Alassane Ouattara de l’époque. « J’ai toujours eu avec lui des rapports de confiance et de loyauté », confie-t-il. Il souligne également sa courtoisie exemplaire : « Si on lui téléphonait et qu’il ne pouvait pas répondre immédiatement, sa secrétaire nous rappelait dans la demi-heure pour connaître la raison de notre appel. »

Ouattara est aussi décrit comme une personne au grand cœur, attentive aux problèmes personnels de ses collaborateurs. « Tout cela fait partie de sa personnalité, et c’est ce qui le rend si attachant », ajoute Miremont.

L’héritage d’Houphouët-Boigny : stabilité, développement et défis sociaux

Auguste Miremont reconnaît les réalisations économiques majeures du Président Ouattara : routes, hôpitaux, universités, et même des avenues dignes des grandes capitales mondiales, comme le boulevard de Daloa. « Entre Bin-Houyé et Toulépleu, il ne reste que 30 à 40 kilomètres de bitume à poser. Ces infrastructures sont impressionnantes », souligne-t-il.

Cependant, il n’occulte pas les défis sociaux persistants : la cherté de la vie et la pauvreté d’une partie de la population. « Le gouvernement en a conscience et tente de corriger ces déséquilibres avec des projets comme les filets sociaux et les écoles de la deuxième chance », explique-t-il. Il cite en exemple les bourses d’apprentissage offertes à sa tribu, une initiative qu’il juge exceptionnelle.

L’avenir politique de la Côte d’Ivoire : unité et prospérité

Auguste Miremont se refuse à évoquer une « sortie » du Président Ouattara, alors que ce dernier entame un nouveau mandat. « Il tient encore bien la barre, et il n’y a pas de porte de sortie entrouverte », déclare-t-il. Il insiste sur la nécessité de lui laisser le temps de mener à bien ses projets : « Son ambition reste de construire une Côte d’Ivoire unie, solidaire et prospère. »

En conclusion, Auguste Miremont offre une vision nuancée et respectueuse de l’histoire politique ivoirienne. Son livre et ses déclarations rappellent l’importance de l’héritage d’Houphouët-Boigny, tout en reconnaissant les défis et les réussites du présent. Une lecture essentielle pour comprendre les racines du développement ivoirien.