Bénin : romuald wadagni prend officiellement les rênes du pays à Cotonou
Ce dimanche 24 mai, Romuald Wadagni a officiellement pris ses fonctions en tant que président de la République du Bénin, à l’issue d’un scrutin organisé le 12 avril dernier. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances succède ainsi à Patrice Talon, après deux mandats marqués par une rigueur budgétaire sans faille et une modernisation accélérée de l’économie nationale. La cérémonie d’investiture, tenue à Cotonou, a rassemblé une quinzaine de délégations étrangères, dans un contexte régional où les équilibres géopolitiques se redessinent.
Une transition politique sous le signe de la continuité
Romuald Wadagni, qui a dirigé la politique économique du Bénin depuis 2016, incarne la continuité d’un modèle fondé sur la discipline financière et les réformes structurelles. Son accession au pouvoir s’inscrit dans la droite ligne des choix économiques opérés sous le précédent mandat, avec une croissance annuelle dépassant les 6 % et une stratégie ambitieuse de transformation locale des filières agricoles comme le coton et le soja. Cependant, cette transition survient dans un climat politique encore marqué par les tensions liées à l’exclusion des principaux partis d’opposition lors de la présidentielle.
Sur le front économique, son défi consistera à maintenir cette dynamique tout en élargissant l’impact social des politiques publiques. Les émissions obligataires réussies, notamment l’opération en eurobonds devenue un exemple pour les États de l’UEMOA, ont renforcé la crédibilité du Bénin sur la scène internationale. Wadagni devra désormais veiller à ce que cette rigueur ne se traduise pas par un affaiblissement des investissements sociaux, dans un pays où les attentes en matière de dividende citoyen restent élevées.
Un rapprochement diplomatique avec l’Alliance des États du Sahel
La présence remarquée des représentants du Mali, du Niger et du Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), a marqué les esprits. Cette invitation, et surtout son acceptation par les juntes saheliennes, envoie un signal fort de détente après des mois de tensions, notamment autour de la gestion du pipeline nigérien reliant Niamey au port béninois de Sèmè-Kpodji. Les relations entre Cotonou et Niamey avaient été tendues depuis l’été 2023, avec des répercussions sur les plans diplomatique, énergétique et sécuritaire.
Ce geste diplomatique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à rétablir un dialogue constructif avec les nouvelles autorités saheliennes, alors que trois pays membres de la CEDEAO ont choisi de se distancier de l’organisation régionale. Pour le nouveau président, l’enjeu est double : sécuriser la frontière nord du Bénin, exposée aux menaces terroristes dans les zones du parc du W et de la Pendjari, et garantir la fluidité des échanges logistiques qui transitent par le port de Cotonou, vital pour l’approvisionnement de l’arrière-pays sahélien.
Sécurité et développement : les priorités immédiates
La question sécuritaire figure en tête de l’agenda du quinquennat. Depuis 2021, les départements de l’Alibori et de l’Atacora subissent des incursions répétées de groupes armés venus du Sahel, obligeant les autorités à renforcer les effectifs militaires et à adapter les dispositifs de protection. La coopération avec le Niger, bien que fragile, reste essentielle pour contrôler cette frontière longue de plus de 260 kilomètres et limiter les risques de débordement.
Sur le plan économique, Romuald Wadagni héritera d’un pays en pleine industrialisation, notamment grâce à la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, qui vise à capter une part croissante de la valeur ajoutée textile en Afrique de l’Ouest. Le maintien de la confiance des investisseurs, la gestion prudente de la dette et la consolidation de l’agence Présidence-Investissement seront des indicateurs clés de la capacité du nouveau président à pérenniser le modèle béninois. Sa crédibilité, comme celle du système, sera jugée sur sa capacité à allier rigueur budgétaire et progrès social.
Enfin, la question démocratique reste en suspens. Une partie de la société civile, des partenaires internationaux et de la diaspora attendent des signes d’ouverture, que ce soit sur le sort des opposants exilés ou sur une éventuelle réforme du cadre électoral. Le discours d’investiture, prononcé ce dimanche au palais des Congrès de Cotonou, sera scruté avec attention pour évaluer la tonalité politique du nouveau mandat et les perspectives d’apaisement.