Un outil inspiré du modèle français
L’expérience de la Caisse des Dépôts française prouve qu’une institution de ce type peut transformer l’épargne dormante en levier de développement durable. Trois mécanismes clés sous-tendent ce modèle :
- Centralisation de ressources réglementées (Livret A, fonds notariaux, comptes inactifs) auprès d’un établissement public sécurisé
- Transformation de dépôts court terme en prêts long terme, soutenue par la garantie de l’État
- Effet de levier : chaque euro collecté finance des infrastructures structurantes (logement social, rénovation urbaine, fibre optique, transports)
La CDEC camerounaise s’inspire directement de cette architecture. Elle a pour vocation de collecter, sécuriser et valoriser sur le long terme des ressources généralement inutilisées, en les orientant vers le financement des politiques publiques.
Une dynamique déjà observable
Les premiers résultats sont tangibles :
Cadre juridique et sources de financement
La loi de 2008 et son décret d’application de 2011 définissent quatre catégories de ressources mobilisables par la CDEC : les dépôts (fonds de notaires, comptes bancaires inactifs), les consignations administratives (cautionnements sur marchés publics), les consignations judiciaires (libertés sous caution, règlements judiciaires) et une quatrième catégorie assimilée.
Mécanisme de collecte contraignant
Un décret du Premier ministre en date du 1er décembre 2023 impose aux banques, assurances, notaires et greffes un délai de transfert des fonds consignés, sous peine d’audits externes et d’intérêts de retard calculés sur le taux de facilité de prêt marginal de la BEAC majoré de deux points. Ce dispositif juridique renforce la crédibilité de la collecte.
Bilan à trois ans
Le directeur général Richard Evina Obam a révélé qu’en trois ans d’activité, plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions USD) ont été centralisés. Ce montant, bien que significatif, reste modeste comparé au potentiel identifié (des estimations évoquaient plus de 1 000 milliards de FCFA en déshérence dans le système bancaire).
La filiale bancaire : un tournant décisif
L’élément le plus prometteur pour l’ambition infrastructurelle de la CDEC réside dans le projet de création d’une filiale bancaire dédiée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette structure aura pour missions :
- Accompagner l’État, les collectivités locales et les entreprises dans la levée de fonds pour les infrastructures
- Soutenir les PME souhaitant répondre aux appels d’offres publics
- Faciliter les introductions en bourse et l’évaluation d’opportunités d’affaires
- Proposer des produits de long terme (prêts, garanties, crédit-bail) adaptés au contexte camerounais
Cette filialisation marque le passage d’une logique de simple collecte à une logique d’investissement structurant dans l’économie réelle, à l’image de la Banque des Territoires en France.
Secteurs prioritaires pour le Cameroun
Plusieurs domaines pourraient bénéficier de ce financement innovant :
- Logement : Financement du logement social et du programme des 10 000 logements (inspiré des prêts HLM français)
- Infrastructures urbaines : Aménagement de la voirie et assainissement de Yaoundé et Douala
- Numérique : Extension de la couverture haut débit dans les zones rurales
- Collectivités locales : Financement des projets de décentralisation
- Transport : Développement des corridors routiers, du port de Kribi et des hubs ferroviaires
Conditions de succès et défis à relever
Pour éviter que la CDEC ne reste un outil sous-exploité, plusieurs préalables sont indispensables :
- Effectivité de la collecte : Certaines banques résistent encore au transfert des fonds dus (seule Allianz Cameroun avait effectué un transfert effectif fin 2023)
- Gouvernance et transparence : La crédibilité de l’institution auprès des épargnants et des consignataires conditionne l’afflux de dépôts volontaires
- Compétences techniques : Le financement d’infrastructures exige une expertise en montage de dette de projet, évaluation des risques et structuration de garanties
- Coordination avec les autres bailleurs : Éviter les doublons et maximiser l’effet de levier avec les partenaires traditionnels (bailleurs multilatéraux, Trésor public)
En conclusion, la CDEC camerounaise dispose désormais des fondations juridiques, institutionnelles et opérationnelles pour devenir un véritable moteur du développement infrastructurel. Sa capacité à transformer l’épargne réglementée dormante, estimée à plusieurs centaines de milliards de FCFA, en financements de long terme pour les infrastructures représente une solution endogène crédible face à la rareté des financements extérieurs. La création prochaine d’une filiale bancaire dédiée marque le basculement d’une logique de collecte vers une logique d’investissement structurant. La réussite de ce projet dépendra désormais de l’effectivité de la collecte coercitive des fonds et du renforcement rapide des compétences internes en ingénierie financière de projets.
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