Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya pèse sur l’émission de dette de 400 milliards de FCFA

Le Cameroun s’apprête à réaliser une opération majeure de levée de fonds sur les marchés internationaux, avec un emprunt de 690 millions de dollars (400 milliards de FCFA) prévu dans le cadre d’une émission à composante ESG. Cette opération, soutenue par des partenaires comme la Banque africaine de développement et l’Africa Finance Corporation, vise à attirer des investisseurs sensibles aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pourtant, l’incertitude politique liée à l’absence prolongée du président Paul Biya pourrait peser sur la perception du risque souverain du pays.

Une absence qui alimente les spéculations

Depuis le 7 juin 2026, le chef de l’État camerounais n’a plus été vu en public, alimentant les rumeurs sur sa santé et son avenir politique. Les autorités ont officiellement confirmé qu’il résidait à Genève pour un « bref séjour privé », mais ces déclarations n’ont pas suffi à dissiper les interrogations. Plusieurs responsables de l’opposition ont appelé à plus de transparence, évoquant un possible vide institutionnel. Pour les investisseurs, ces incertitudes renforcent l’évaluation du risque politique, un critère aussi important que les indicateurs économiques.

Les agences de notation alertent depuis des années

Les agences de notation surveillent depuis longtemps la situation politique du Cameroun. Fitch Ratings avait déjà souligné en novembre 2024 que « l’instabilité politique sera un facteur majeur influençant la note souveraine », en raison de l’âge de Paul Biya, de son long mandat et de l’absence de plan de succession. En mai 2025, l’agence maintenait la note B avec une perspective négative, évoquant des tensions avant les élections et une gouvernance budgétaire fragile.

Moody’s et Standard & Poor’s ont adopté une position similaire. La première estimait en février 2024 que « les risques de déstabilisation politique liés à l’absence d’un plan crédible de succession présidentielle » justifiaient une note Caa, tandis que S&P rappelait en mars 2025 que la concentration du pouvoir et l’absence de transition antérieure entretenaient un climat d’incertitude.

La réforme constitutionnelle d’avril 2026, qui a créé un poste de vice-président, a partiellement rassuré Fitch. L’agence note une diminution du risque de transition désordonnée, tout en précisant que les incertitudes persistent en raison d’un environnement sociopolitique fragmenté.

Les marchés réagissent aux rumeurs

Les réactions des marchés face à l’absence de Paul Biya ne sont pas nouvelles. En octobre 2024, une rumeur annonçant son décès avait provoqué une baisse des obligations souveraines camerounaises en dollars. Les investisseurs, comme Thys Louw de Ninety One UK Ltd, avaient alors souligné que « la concentration du pouvoir autour de Paul Biya rendait le pays vulnérable à une crise de succession ». Sam Singh-Jami, de Rand Merchant Bank, avait également mis en garde contre les risques d’une volatilité accrue et d’un non-respect des engagements budgétaires.

Des atouts économiques pour contrebalancer les doutes

Malgré ces incertitudes, le Cameroun dispose de plusieurs atouts pour rassurer les investisseurs. Les fondamentaux économiques restent solides : Fitch anticipe une croissance moyenne de 3,7 % pour 2026 et 2027, ainsi qu’une baisse du ratio dette publique/PIB à 40,2 % d’ici 2027. Le pays a également réussi à mobiliser 750 millions de dollars en janvier 2026 grâce à un eurobond largement souscrit.

L’opération actuelle bénéficie du soutien de partenaires stratégiques, dont la Banque africaine de développement, l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (ATIDI) et l’Africa Finance Corporation. Ces institutions renforcent la crédibilité de l’émission, notamment auprès des investisseurs spécialisés dans la finance durable.

Pourtant, l’absence prolongée de Paul Biya pourrait influencer les conditions de l’émission. Les investisseurs continueront d’évaluer attentivement l’évolution de la gouvernance, la gestion des finances publiques et le contexte politique. Si cette opération reste réalisable, les conditions financières pourraient être moins avantageuses en raison des risques perçus.