Cinq ans après le coup d’état, quel bilan pour le Mali ?
Cinq ans après le coup d’État, quel bilan pour le Mali ?
Le 24 mai, le Mali commémore cinq années depuis le coup d’État mené par le colonel Assimi Goïta. Ce putsch a marqué un tournant dans l’histoire récente du pays, mais le bilan s’avère contrasté. Entre promesses de stabilité et réalités d’une insécurité persistante, la population malienne navigue entre espoirs déçus et soutien critique au régime.
Alors que les critiques fusent quant à la dégradation de la sécurité et des libertés, une partie de la population continue de manifester son appui aux autorités militaires. Une analyse des dynamiques politiques et sociales s’impose pour comprendre les enjeux actuels.
Une répression accrue et une liberté d’expression en recul
Depuis 2019, la situation au Mali a évolué sous le signe d’une répression croissante. Les voix critiques se font plus discrètes, et les opposants, qu’ils soient journalistes ou militants, paient un lourd tribut. Les arrestations et les exilés politiques se multiplient, tandis que les débats publics deviennent plus rares et plus prudents. Les Maliennes et Maliens gardent encore quelques espaces de discussion, mais la prudence s’est installée dans le quotidien.
Les réseaux sociaux, principal canal d’information pour une jeunesse majoritairement jeune et connectée, sont également le théâtre de propagande et de désinformation. Les fausses informations, parfois relayées par des acteurs étrangers, renforcent la polarisation et brouillent le débat public.
Sécurité : entre avancées éphémères et reculs spectaculaires
Au début de leur prise de pouvoir, les militaires avaient permis une légère amélioration de la sécurité dans certaines zones, comme la région de Ségou, où les routes étaient de nouveau accessibles et où les agriculteurs pouvaient retourner cultiver leurs terres. Pourtant, cette embellie a été de courte durée.
Aujourd’hui, la situation est plus préoccupante que jamais. Les groupes djihadistes, comme le Jnim et l’État islamique, contrôlent une partie significative du territoire. Les attaques se multiplient, et les autorités peinent à endiguer leur progression. Les offensives coordonnées d’avril dernier, impliquant à la fois des djihadistes et des rebelles touaregs, ont rappelé la fragilité de la position du gouvernement. Malgré des pertes territoriales, le régime est parvenu à se maintenir, mais au prix d’un prestige écorné et d’une insécurité généralisée.
Les mercenaires russes, initialement présentés comme une solution miracle, n’ont pas rempli leurs promesses. Leur retrait précipité de villes clés comme Kidal, sans combat, a révélé leurs limites. Leur présence, marquée par une brutalité qui a souvent exacerbé les tensions, n’a pas permis de stabiliser le pays. De leur côté, les alliés de l’Alliance des États du Sahel – le Niger et le Burkina Faso – n’ont pas apporté de soutien militaire concret, malgré leurs déclarations. Ces deux pays, eux-mêmes confrontés à des défis sécuritaires majeurs, n’ont pas les moyens d’une assistance significative.
L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil ?
Sur le papier, les trois pays de l’AES – Mali, Burkina Faso et Niger – affichent une unité politique et idéologique. Leurs dirigeants militaires partagent une vision commune, teintée de souveraineté et de rejet de l’influence étrangère. Pourtant, cette alliance reste largement symbolique. Les trois nations, parmi les plus pauvres au monde, peinent à concrétiser leurs projets communs. Leur coopération se limite souvent à des déclarations d’intention, sans moyens financiers ou militaires à la hauteur des défis.
Leur soutien au Mali en cas de crise est resté minimal, voire inexistant. Les frappes aériennes promises n’ont pas suffi à inverser la tendance, et le Mali s’est retrouvé isolé face à une menace djihadiste grandissante. Cette situation illustre les limites d’une solidarité qui, en pratique, peine à se traduire par des actions concrètes.
Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?
Face à l’impuissance militaire, certains analystes plaident pour une approche combinant action sécuritaire et dialogue. Les djihadistes, bien que radicaux, ne sont pas des acteurs extérieurs déconnectés de la réalité locale. Ce sont souvent des Maliennes et Maliens qui cherchent à résoudre des conflits liés à l’accès aux ressources, comme l’eau ou la terre. Une stratégie de négociation avec les factions les plus modérées pourrait permettre de désamorcer une partie des tensions.
Le cas de la Mauritanie, qui a combiné force militaire et compromis (comme la restriction de la vente d’alcool sans appliquer pleinement la charia), montre qu’une approche pragmatique peut fonctionner. L’objectif serait de stabiliser le pays avant d’envisager une reconstruction politique. Mais cette voie exige un courage politique que peu de dirigeants actuels semblent prêts à assumer.
Un soutien populaire malgré les critiques
Malgré les difficultés, une partie importante de la population continue de soutenir le gouvernement d’Assimi Goïta. Les Maliennes et Maliens, en particulier les jeunes, rejettent catégoriquement l’idée d’un régime islamiste. Les attaques d’avril dernier, bien que dramatiques, n’ont pas déclenché de mouvement de protestation massif. La population préfère encore le gouvernement actuel aux alternatives djihadistes ou aux anciennes élites corrompues, souvent perçues comme inféodées à l’étranger.
La jeunesse malienne, majoritaire et peu connectée aux réseaux traditionnels d’information, se tourne vers les réseaux sociaux, où la propagande pro-gouvernementale et les fake news circulent librement. Ce soutien, bien que réel, reste fragile. La population, épuisée par des années de crise, attend avant tout des résultats concrets : sécurité, emplois, accès aux services de base. Sans amélioration tangible, le mécontentement pourrait grandir, surtout si les attaques se multiplient ou si les conditions de vie continuent de se dégrader.
Un avenir incertain
Cinq ans après le coup d’État, le Mali reste à la croisée des chemins. Le régime bénéficie encore d’un soutien populaire par défaut, mais les défis sont immenses. L’insécurité persiste, l’économie est exsangue, et la pression démographique aggrave les tensions. Les djihadistes, bien que contenus, ne sont pas vaincus, et les alliances régionales peinent à se concrétiser.
Sans une stratégie claire combinant sécurité, dialogue et développement, le risque est grand de voir le pays s’enfoncer davantage dans l’instabilité. Pour Assimi Goïta et son gouvernement, le temps est compté. La population, elle, attend des actes, pas des promesses.
Points clés à retenir :
- Assimi Goïta dirige le Mali depuis cinq ans, après un coup d’État.
- La répression s’est intensifiée, avec moins de liberté d’expression et des opposants emprisonnés ou exilés.
- Les groupes djihadistes contrôlent une partie du territoire, malgré les promesses de sécurité du gouvernement.
- Les mercenaires russes et les alliés de l’AES n’ont pas apporté de soutien militaire efficace.
- La population soutient encore le gouvernement par rejet des alternatives, mais la situation reste fragile.