Collège d’Azrou : berceau d’une élite berbère au Maroc

Le collège d’Azrou, une institution chargée d’histoire au Maroc
Au cœur des montagnes du Moyen-Atlas, à Azrou, se dresse un bâtiment historique qui a marqué l’histoire de l’éducation et de la société marocaine. Le collège d’Azrou, initialement conçu par le Protectorat français pour appliquer une « politique berbère », devait façonner une élite amazighe francophone, loyale et éloignée des mouvements nationalistes de Fès et de Rabat. Pourtant, son destin a pris un tournant inattendu, formant des figures emblématiques qui ont façonné l’avenir du pays.
Un projet colonial aux ambitions déjouées
Créé en 1927, le collège d’Azrou était un ambitieux projet éducatif destiné à former une génération d’Amazighs alignés sur les valeurs coloniales. L’objectif était clair : créer une administration docile et une armée locale, tout en détachant cette élite des foyers indépendantistes de la capitale et de ses environs. Les méthodes d’enseignement, entièrement en français, visaient à éloigner les élèves de leur culture d’origine, perçue comme un obstacle à l’assimilation.
Pourtant, l’histoire en a décidé autrement. Les murs de cette institution ont vu naître des personnalités qui ont bouleversé le cours des événements. Parmi elles, des militants engagés pour l’indépendance, des ministres influents, des gouverneurs visionnaires, des magistrats intègres et même treize généraux. Certains ont servi avec loyauté les souverains Mohammed V puis Hassan II, tandis que d’autres ont été emportés par les tumultes politiques des années 1970.
Des figures marquantes issues des bancs de classe
L’héritage du collège d’Azrou ne se limite pas à un simple échec ou succès éducatif. Il incarne une transition unique entre deux époques : celle de la domination coloniale et celle de l’affirmation nationale. Des élèves de cette institution ont joué des rôles clés dans la construction de l’État marocain moderne. Leur parcours illustre comment une élite formée sous contrainte peut, contre toute attente, devenir un pilier de la souveraineté et de la stabilité du pays.
Parmi ces personnalités, Mohamed Benhlal, dans son essai « Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959 » (Éditions Karthala), retrace les trajectoires de ces anciens élèves. À travers des témoignages recueillis auprès de survivants de l’époque, il révèle des destins à la fois exceptionnels et tourmentés. Certains ont contribué à la consolidation des institutions post-indépendance, tandis que d’autres ont été pris dans les tourments des putschs de 1971 et 1972.
Un héritage culturel et politique indéniable
Le collège d’Azrou reste un symbole des contradictions du système colonial. Conçu pour servir les intérêts de la France, il est devenu, par la force des choses, un creuset de résistance et de patriotisme. Les valeurs d’intégrité et de service public transmises par ses anciens élèves témoignent d’une résilience remarquable face à un projet initial visant à les aliéner.
Cette institution a ainsi démontré que l’éducation, lorsqu’elle est empreinte de rigueur et d’ambition, peut transcender les intentions de ses concepteurs. Elle a produit des hommes et des femmes qui ont marqué l’histoire du Maroc, prouvant que l’héritage d’un peuple ne se contrôle pas par des décrets ou des politiques, mais par la détermination de ceux qui en sont les gardiens.

Le collège d’Azrou illustre ainsi une page méconnue de l’histoire marocaine, où l’éducation a servi de levier à la fois pour l’oppression et pour l’émancipation. Son récit rappelle que les institutions, quelles que soient leurs origines, finissent par refléter les aspirations de ceux qui les habitent.