Une enquête indépendante pour rétablir la vérité dans les provinces en crise

Face à une situation humanitaire et sécuritaire dramatique dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies a présenté ce lundi 29 juin 2026 ses premières conclusions lors d’une session exceptionnelle du Conseil des droits de l’homme à Genève.

Arnauld Akodjenou, président de cette commission, a souligné lors de son intervention que la gravité des violations des droits humains dans l’Est de la République démocratique du Congo nécessite une réponse urgente et structurée. « Notre mandat s’articule autour de trois objectifs principaux : établir les faits avec impartialité, préserver les preuves afin de lutter contre l’impunité, et prévenir de nouvelles violations », a-t-il déclaré devant les représentants des États membres et de la société civile.

Lors de cette première mission, la Commission a rencontré des survivants, des responsables gouvernementaux, des acteurs locaux et des représentants des Nations Unies. Bien que l’accès à Goma ait été temporairement restreint, les échanges menés à Kinshasa ont permis de recueillir des témoignages accablants.

Des violations graves et systématiques documentées par l’ONU

Les informations recueillies par la Commission révèlent une crise multidimensionnelle affectant gravement les populations civiles. Parmi les violations les plus alarmantes, on compte :

  • Le recrutement forcé d’enfants soldats, ainsi que leur utilisation dans les conflits armés ;
  • Des violences sexuelles systématiques, incluant l’esclavage sexuel et les agressions contre les femmes ;
  • Des meurtres illégaux et des arrestations arbitraires ;
  • Des attaques ciblées contre les écoles et les centres de santé, privant les populations d’accès aux services essentiels ;
  • Des obstacles à l’aide humanitaire, notamment via des barrages routiers et des taxes illégales imposées aux acteurs humanitaires.

« Les défenseurs des droits humains, les journalistes et les acteurs locaux qui signalent ces exactions sont eux-mêmes menacés », a précisé Arnauld Akodjenou. « Cette situation est aggravée par la résurgence de l’épidémie d’Ebola, qui frappe des communautés déjà fragilisées par des années de conflits. »

La Commission a également pointé du doigt les blocages administratifs empêchant l’accès aux zones les plus touchées, ainsi que l’affaiblissement des institutions locales, rendant toute réponse efficace encore plus complexe.

Un mandat centré sur les victimes et l’indépendance

Conformément à sa résolution fondatrice, adoptée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme, la Commission a pour mission d’enquêter sur l’ensemble des violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire. Parmi les priorités :

  • Les crimes contre les femmes et les enfants, notamment les violences sexuelles et sexistes ;
  • Les violations contre les personnes déplacées et réfugiées ;
  • Les crimes internationaux potentiels liés à l’escalade des hostilités depuis janvier 2025.

« Notre approche est strictement indépendante et impartiale, a insisté le président de la Commission. « Nous ne ciblons aucun État, aucune communauté ou institution en particulier. Notre rôle est de rétablir la vérité pour que justice soit rendue et que les responsabilités soient établies. »

Les prochaines étapes de la mission incluent une présence accrue sur le terrain dès que les conditions de sécurité le permettront. La Commission a appelé à une coopération pleine et entière des autorités congolaises et des acteurs locaux pour faciliter son travail.

Une réponse à l’urgence humanitaire et sécuritaire

La création de cette Commission en février 2025 marque une volonté de la communauté internationale de répondre à la dégradation de la situation dans l’Est de la RDC. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont en proie à des violences persistantes depuis plusieurs années, exacerbées par des tensions régionales et des crises humanitaires à répétition.

Les conclusions de cette enquête indépendante devraient servir de base à des actions concrètes : soutien aux victimes, renforcement des mécanismes de protection et mise en place de sanctions ciblées contre les responsables de ces violations. « Chaque jour compte, chaque vie sauvée est une victoire », a conclu Arnauld Akodjenou.

Clément Muamba