Conflit entre boko haram et la PAOEI pour le contrôle de la forêt de Sambisa
La forêt de Sambisa, théâtre d’une rivalité meurtrière entre deux groupes jihadistes
Au cœur du Nord-Est nigérian, la forêt de Sambisa s’étend sur près de 60 000 km². Jadis paradis naturel abritant une faune riche, ce territoire est aujourd’hui le théâtre d’une lutte acharnée entre deux factions armées issues de la scission de Boko Haram en 2016 : le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (JAS) et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI).
Une zone stratégique disputée par deux factions jihadistes
Avec sa végétation dense et son étendue imposante, la forêt de Sambisa offre un terrain idéal pour organiser des attaques et contrôler les axes de circulation. Cette particularité en fait un objectif prioritaire pour les deux groupes, qui se disputent ce bastion depuis plusieurs années. Les affrontements se multiplient, rendant la situation de plus en plus volatile.
Le JAS, né d’une scission avec Boko Haram, a initialement engagé ce conflit pour assurer sa survie. Malgré les pressions militaires exercées par l’armée nigériane et la Force multinationale mixte, les deux factions conservent une capacité opérationnelle redoutable. Les combats récents confirment cette dynamique, avec des pertes humaines importantes signalées des deux côtés.
Des stratégies distinctes et une intensification des violences
Le JAS se distingue par ses enlèvements massifs, ses raids meurtriers et ses pillages systématiques. À l’inverse, la PAOEI adopte une approche plus méthodique, visant à s’imposer comme une autorité locale en percevant des taxes et en instaurant des structures administratives parallèles. Cette différence de modus operandi se traduit par une rivalité sans merci, où chaque groupe cherche à étendre son influence.
Les îles du lac Tchad, tout comme la forêt de Sambisa, servent de refuges stratégiques aux deux factions. Selon des analystes locaux, ces zones restent des points chauds où les affrontements se poursuivent sans relâche. Bien que les chiffres des pertes ne soient pas toujours vérifiables, les combats signalés indiquent une escalade préoccupante.
Un équilibre précaire entre les deux groupes
Les forces de sécurité nigérianes et les coalitions régionales se concentrent principalement sur la lutte contre la PAOEI, ce qui a paradoxalement permis au JAS de renforcer ses positions. Certains experts estiment que cette situation pourrait durer, faute de moyens suffisants pour éradiquer simultanément les deux menaces.
Zagazola Makama, analyste basé à Borno, souligne l’importance de cette rivalité : « Les affrontements entre les deux groupes introduisent une imprévisibilité qui complique la stabilisation de la région. Pourtant, ils pourraient aussi affaiblir la cohésion globale des insurgés, offrant une opportunité aux autorités. »
Malik Samuel, chercheur chevronné, partage cette analyse : « La PAOEI peine à pénétrer les bastions du JAS, notamment la zone de Barwa, où son commandement est basé. Cette situation limite ses capacités à étendre son influence. En revanche, la proximité géographique entre les deux groupes rend les confrontations inévitables, car ils se disputent les mêmes ressources. »
Il ajoute : « En dehors des îles, le JAS reste en infériorité face à la PAOEI, dont les effectifs, l’expérience et les connexions internationales lui confèrent un avantage stratégique. »
Un conflit aux répercussions régionales
Depuis 2009, l’insurrection de Boko Haram a débordé au-delà des frontières nigérianes, touchant le Cameroun, le Niger et le Tchad. Selon les Nations unies, plus de 40 000 civils ont perdu la vie, et plus de 2 millions de personnes ont été déplacées. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’une crise qui dépasse largement le cadre national.
Alors que les forces armées et les coalitions internationales redoublent d’efforts, la forêt de Sambisa et les îles du lac Tchad restent des bastions difficiles à neutraliser. La rivalité entre le JAS et la PAOEI ajoute une couche de complexité à un conflit déjà difficile à résoudre.