Crise au Cameroun : l’obsession du football peut-elle encore masquer les urgences nationales ?
Dans une nation où l’attente d’un nouveau souffle gouvernemental s’étire sur plusieurs mois sans se concrétiser, le ballon rond ne devrait plus confisquer l’intégralité de l’espace public.
Le Cameroun traverse une période de turbulences où les priorités semblent s’être égarées. Alors que les Lions Indomptables ne participeront pas à la prochaine Coupe du monde, l’opinion publique reste pourtant prisonnière de polémiques incessantes liées à la fédération et aux querelles intestines du milieu sportif. Pendant que les débats s’enflamment pour des compétitions dont le pays est absent, les plaies béantes de la société camerounaise demeurent sans soins.
Le football comme écran de fumée : un outil de diversion en déclin
Historiquement utilisé comme un puissant levier de cohésion nationale, le football camerounais n’est plus que l’ombre de sa gloire passée. Ce qui fut jadis la vitrine d’une nation conquérante est aujourd’hui miné par des crises de gouvernance, des scandales à répétition et des infrastructures défaillantes. Malgré ce déclin manifeste, une partie de la classe dirigeante et des médias tente de maintenir ce sport au centre de l’attention, comme si le vacarme des stades pouvait couvrir les silences institutionnels.
Si la passion pour le ballon rond est légitime, elle ne doit pas servir de paravent aux enjeux cruciaux qui engagent l’avenir du Cameroun. Lorsque la sélection nationale disparaît de la scène mondiale, l’insistance à vouloir en faire le sujet majeur de discussion devient un paradoxe inquiétant.
Les véritables chantiers délaissés du Cameroun
Il est temps d’interroger la paralysie qui frappe nos institutions. Comment accepter que le débat public se focalise sur des scores sportifs alors que le pays attend un remaniement gouvernemental depuis des mois ? La réforme constitutionnelle ayant instauré un poste de vice-président reste lettre morte, le siège demeurant inoccupé bien après sa création officielle.
La normalité républicaine est elle-même mise à rude épreuve : l’absence prolongée de Conseil des ministres et de Conseil supérieur de la magistrature interroge sur la continuité réelle du sommet de l’État. Des ministères sont gérés par intérim, des sièges de parlementaires restent vacants après des décès, et l’administration semble fonctionner en mode dégradé.
Sur le plan judiciaire, le climat est tout aussi préoccupant. Entre mandats d’amener non exécutés sur ordre administratif et remises en liberté contestées publiquement, c’est la crédibilité même de la justice et de l’État de droit qui est en jeu. Ces questions fondamentales méritent une mobilisation citoyenne bien plus forte que n’importe quel classement FIFA.
L’urgence sociale face au spectacle
Au-delà des palais, la réalité quotidienne des Camerounais est marquée par des défis concrets :
- Des axes routiers dans un état de délabrement avancé.
- Des chantiers publics abandonnés malgré l’attribution des budgets.
- Un accès de plus en plus précaire à l’eau potable et à l’électricité.
- Un chômage endémique qui frappe une jeunesse diplômée sans perspectives.
- Une inflation galopante qui asphyxie le panier de la ménagère.
Chaque minute consacrée à une polémique sportive stérile est une minute de moins accordée à la résolution de ces crises économiques et sociales. Les leaders d’opinion, les journalistes et les intellectuels ont le devoir de ne pas céder à la facilité du spectacle pour privilégier l’analyse de fond.
Le Cameroun mérite un dialogue national à la hauteur de ses ambitions. Le football pourra redevenir un sujet central le jour où les institutions fonctionneront, où la justice sera respectée et où les services de base seront assurés. En attendant, continuer à regarder ailleurs revient à ignorer les flammes qui menacent l’édifice national.