Crise au Mali : l’échec stratégique de l’alliance avec la Russie face aux rebelles

Les images ont marqué les esprits : une colonne de véhicules militaires russes, membres de l’Africa Corps, a quitté précipitamment la ville de Kidal, dans le nord du Mali, sans livrer combat. Une scène qui illustre l’impuissance des alliés russes face à l’avancée des rebelles touaregs, alliés à des groupes djihadistes, dans plusieurs régions du pays, y compris la capitale Bamako.

Cette passivité inattendue des forces russes survient alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a revendiqué des attaques coordonnées dans tout le Mali. Le groupe a explicitement demandé aux Russes de ne pas intervenir, afin de préserver une potentielle collaboration future. Pourtant, la présence de 2 500 soldats russes, censés soutenir le régime militaire malien, n’a pas suffi à endiguer la crise sécuritaire la plus grave depuis le coup d’État de 2020.

Le Mali en proie à une dégradation sans précédent

Le régime malien, dirigé par le colonel Assimi Goïta, subit des coups durs : le puissant ministre de la Défense a été tué dans l’attaque de sa résidence, tandis que des attaques simultanées ont ciblé plusieurs régions du pays. Les djihadistes et les rebelles ont réussi à étendre leur emprise sur des zones entières, mettant en lumière les faiblesses structurelles du pouvoir en place.

La prise de Kidal, ville symbolique de la rébellion touareg, est un revers majeur pour Bamako. Conquise en 2023 grâce à l’appui des forces russes, après onze ans sous contrôle des indépendantistes de l’Azawad, cette ville représentait une victoire stratégique pour la junte. Aujourd’hui, sa perte souligne l’échec cuisant de la stratégie militaire adoptée depuis le départ des forces françaises en 2022.

L’Alliance des États du Sahel (AES) menacée par la montée des groupes armés

Les risques sont multiples : fragmentation du Mali entre indépendantistes touaregs et djihadistes, extension des violences au Niger et au Burkina Faso – tous membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) –, et menace sur les pays côtiers déjà fragilisés par les incursions djihadistes. Le GSIM, acteur clé de la déstabilisation, a des ambitions régionales qui pourraient redessiner la carte sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest.

Les populations maliennes, prises entre deux feux, subissent les conséquences d’une politique erratique. Le régime, après avoir dissous les partis et instauré un gouvernement sans élections, peine à maintenir sa légitimité. Les récentes pénuries de carburant, dues à des blocus imposés par les rebelles, ont encore aggravé la situation.

Une décennie de désillusions : de la France à la Russie, l’échec des solutions étrangères

En 2014, l’intervention française avait permis au Mali de reprendre le contrôle du nord, alors aux mains des djihadistes. Mais depuis, les promesses non tenues et les stratégies inefficaces ont alimenté un profond ressentiment. Le départ des forces françaises en 2022, remplacé par des mercenaires russes, n’a fait qu’aggraver la crise.

Quatre ans plus tard, l’échec est patent : le Mali, autrefois stabilisé, est désormais au bord du chaos. Pour les Maliens, comme pour les pays voisins de l’AES, les solutions militaires étrangères n’ont apporté que désillusions et violence.