Crise au Mali : une alliance rebelle et djihadiste ébranle le pouvoir de Bamako
Le Mali traverse une phase critique de son histoire sécuritaire. Samedi 25 avril, une action militaire d’une ampleur inédite a été déclenchée par une coalition regroupant les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda. Cette offensive coordonnée a frappé simultanément sept localités stratégiques, dont la capitale Bamako et son verrou militaire Kati, ainsi que Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal.
La chute de Kidal et l’impact sur la junte militaire
La ville de Kidal, bastion historique du nord, est désormais totalement aux mains des insurgés. Pour mener cet assaut, les assaillants ont déployé un arsenal varié : drones kamikazes, véhicules piégés et tirs d’artillerie. Les cibles étaient hautement symboliques, incluant l’aéroport international Modibo Keita et la résidence présidentielle.
Le bilan politique est lourd pour le gouvernement de transition. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du régime et artisan du rapprochement avec la Russie, a perdu la vie lors de l’attaque de son domicile à Kati. D’autres hauts responsables, comme Modibo Koné, chef de la sûreté de l’État, ont été blessés, tandis que le président Assimi Goïta a dû être évacué en urgence vers un lieu sécurisé.
Le retrait des forces russes et la riposte des FAMA
L’Africa Corps, émanation du ministère russe de la Défense ayant succédé au groupe Wagner, a confirmé son retrait de Kidal en coordination avec les autorités maliennes. Malgré ce revers localisé, les forces paramilitaires russes affirment avoir neutralisé plus de 1 000 djihadistes et protégé les points névralgiques de Bamako.
De son côté, le général Oumar Diarra, chef d’état-major des Forces armées maliennes (FAMA), dénonce un plan de déstabilisation orchestré par des puissances étrangères. Il assure que la riposte nationale a permis de mettre en déroute l’ennemi dans plusieurs zones, revendiquant l’élimination de 200 combattants adverses.
Une alliance tactique entre Touaregs et djihadistes
Cette offensive marque la fin définitive des accords d’Alger de 2015. Bien que poursuivant des idéaux divergents — l’autonomie de l’Azawad pour les Touaregs et l’instauration d’un État islamique pour le JNIM — les deux mouvements ont scellé un pacte de non-agression pour combattre leur adversaire commun : la junte de Bamako et ses alliés russes.
Cette coopération aurait bénéficié d’un appui technique extérieur. Des rapports suggèrent l’implication des services de renseignement de l’Ukraine, qui auraient fourni des informations tactiques et formé les rebelles à l’usage de drones, dans l’optique d’affaiblir les intérêts russes sur le continent africain. Kiev, tout en niant un soutien direct au terrorisme, voit dans ce théâtre d’opérations un moyen de disperser les ressources militaires de Moscou.
Mesures d’urgence et climat d’insécurité
Face à cette menace persistante, un couvre-feu de 72 heures a été décrété dans la capitale. Les opérations de ratissage se poursuivent, alors que l’armée malienne tente de se réorganiser, notamment autour de la localité d’Anefis, pour regagner le terrain perdu dans le nord du pays.