Crise au Niger : enfants victimes de violences et recrutements forcés dans le Sahel
Au Niger, la région de Tillabéri, frontalière avec le Mali et le Burkina Faso, est le théâtre d’un conflit dévastateur impliquant des groupes armés comme l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Ces groupes multiplient les exactions envers les populations civiles, notamment les enfants, selon un rapport récent.
Des attaques ciblant spécifiquement les enfants
Les violences se sont intensifiées en 2021, avec une hausse significative des homicides et des recrutements forcés d’enfants. Selon les données de l’ACLED, plus de 500 civils ont été tués dans le conflit entre janvier et juillet 2021, dont une soixantaine d’enfants. Les attaques, souvent menées par des hommes encagoulés à moto, visent particulièrement les hommes et les adolescents, semant la terreur dans les villages.
Dans la région de Tillabéri, une génération entière grandit entourée par la mort et la destruction.
Matt Wells, responsable chez Amnesty International
Les témoignages recueillis révèlent des scènes insoutenables : des enfants forcent à assister à des massacres, des familles décimées, et des survivants marqués à vie. Un garçon de 13 ou 14 ans témoigne : « Nous tous avons l’habitude d’entendre les coups de feu et de voir des morts entassés. »
Le recrutement forcé, une arme de guerre supplémentaire
Le GSIM cible spécifiquement les jeunes, parfois dès 15 ans, mais aussi des enfants plus jeunes, en leur promettant nourriture, argent ou vêtements. Les recrues subissent un entraînement militaire de courte durée avant d’être déployées comme espions ou guetteurs, des rôles considérés comme une participation active aux hostilités selon le droit international.
Les écoles et les soins de santé, cibles des groupes armés
Les groupes armés s’attaquent systématiquement aux infrastructures éducatives et sanitaires, perçues comme des symboles de l’Occident. En juin 2021, 377 écoles de Tillabéri étaient fermées, privant plus de 31 000 enfants d’éducation. Les enseignants, menacés ou tués, fuient la région, aggravant la crise scolaire. Un adolescent de 15 ans explique : « Les enseignants […] sont partis. Ils auraient été tués [sinon]. »
Les centres de santé ne sont pas épargnés : pillés et incendiés, ils limitent encore davantage l’accès des enfants aux soins. Les taux de vaccination chutent, et des maladies comme la rougeole resurgissent, exacerbées par la malnutrition et les déplacements forcés.
Une insécurité alimentaire généralisée
Les attaques contre les réserves de grains et le bétail plongent des milliers de familles dans la famine. Une mère de sept enfants raconte : « Tout a été brûlé […] Je n’ai plus rien, à part moi-même. » Les images satellites confirment ces destructions ciblées, forçant des villages entiers à l’exode. Selon les humanitaires, 2,3 millions de personnes pourraient souffrir de l’insécurité alimentaire en 2021, en raison des violences, de la sécheresse et des inondations.
Des traumatismes psychologiques profonds et durables
Les enfants, témoins ou victimes des violences, subissent des séquelles psychologiques graves : cauchemars, anxiété, perte d’appétit, et une peur persistante des motos, symbole des attaques. Très peu ont accès à un soutien psychosocial. Un adolescent déplacé lance un appel poignant : « Ce que je veux, c’est que la paix revienne, vraiment. Et il faut que [le gouvernement] se soucie de notre vie, même ici [dans le camp pour personnes déplacées] pour ce qui est de la nourriture et de l’eau. Et l’école. Nous avons besoin de l’école. »
Les autorités nigériennes et leurs partenaires doivent agir sans délai pour offrir aux enfants les moyens de reconstruire leur avenir.
Matt Wells
Un conflit qui s’étend au-delà des frontières
Ce conflit, né au Mali en 2012, a contaminé le Niger, le Burkina Faso et d’autres pays voisins. Les groupes armés affrontent régulièrement les forces armées locales et internationales, tandis que plus de 13 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire en 2021, dont 1,9 million de déplacés.
Une méthodologie rigoureuse pour un rapport accablant
Amnesty International a interrogé 119 personnes, dont 22 enfants et 36 parents, ainsi que des représentants d’ONG, d’organisations humanitaires et des Nations unies. Ces témoignages, croisés avec des données satellites, dressent un tableau accablant de la crise qui frappe les enfants du Sahel.