Crise diplomatique au Mali : Bamako pointe du doigt un soutien français aux rebelles touaregs

Le Mali fait face à une escalade des tensions avec la France après des accusations graves de Bamako. Les autorités de transition, menées par le général Assimi Goïta, affirment que Paris apporte un appui logistique et politique aux indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ce mouvement, issu de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), a lancé une offensive majeure dans le nord du pays à la fin du mois d’avril. Cette crise survient dans un contexte de rupture totale entre les deux nations, marquée par le départ de la mission Barkhane en 2022 et le retrait définitif des casques bleus de la MINUSMA à la fin de l’année 2023.

le front de libération de l’azawad, un acteur historique des revendications touarègues

Le FLA regroupe d’anciens groupes armés issus de la CMA, dissoute après ses défaites militaires de 2023 face aux Forces armées maliennes (FAMa) et aux mercenaires russes d’Africa Corps, anciens du groupe Wagner. Ce mouvement relance la lutte armée pour l’autonomie ou l’indépendance des régions de Kidal, Gao et Tombouctou, zones que les indépendantistes touaregs appellent l’Azawad. Cette lutte s’inscrit dans une tradition de rébellions, remontant à 1963, 1990, 2006 et 2012, chacune marquée par des revendications similaires.

L’offensive de fin avril marque un tournant stratégique. Les combattants du FLA évoluent désormais dans un paysage transformé par la présence des paramilitaires russes aux côtés de l’armée malienne. La victoire remportée à Tinzaouatène durant l’été 2024, où une colonne russo-malienne a subi de lourdes pertes face aux rebelles et à des éléments du JNIM, a renforcé la position du mouvement indépendantiste.

une coopération franco-touarègue née des besoins opérationnels

Les relations entre la France et certaines factions touarègues remontent à l’époque coloniale, mais c’est l’intervention Serval en 2013 qui a cimenté une alliance tactique. Pour reprendre le contrôle du nord du Mali, occupé par des groupes djihadistes, l’armée française s’est appuyée sur des combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de ses alliés, reconnus pour leur connaissance du terrain et leur fiabilité face à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette collaboration a nourri des suspicions durables à Bamako, notamment autour de la question de Kidal, longtemps inaccessible pour les forces maliennes.

Cependant, cette relation s’est progressivement détériorée. Alors que la France ajustait sa stratégie et que l’opération Barkhane s’enlisait, les contacts avec la CMA se sont réduits. Le retrait forcé des troupes françaises en 2022, exigé par la junte, a définitivement fermé les canaux de communication officiels. Privés de leur principal partenaire occidental, les rebelles se sont tournés vers d’autres soutiens régionaux, notamment en Algérie et en Mauritanie, sans qu’aucun État ne revendique ouvertement ce rôle.

une accusation au service d’une stratégie politique interne

Les déclarations des autorités maliennes s’inscrivent dans une logique bien rodée. Depuis trois ans, Bamako instrumentalise la menace d’une déstabilisation extérieure pour renforcer sa légitimité interne, marginaliser les oppositions et justifier son alliance avec Moscou. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, puis son évolution en confédération début 2024, repose en grande partie sur cette rhétorique anti-française partagée.

Du côté français, les démentis sont catégoriques. Les autorités assurent qu’aucune collaboration militaire, diplomatique ou sécuritaire n’existe plus avec Bamako depuis plusieurs années. Pourtant, le passé récent, marqué par les ambiguïtés autour de Kidal et l’appui tactique aux indépendantistes pendant Serval, offre à la junte un argumentaire facile à exploiter. Pour les rebelles, cette instrumentalisation présente un risque : elle donne de la crédibilité à l’idée d’un soutien extérieur sans en apporter la preuve tangible.

L’avenir du FLA dépendra avant tout de sa capacité à résister militairement aux FAMa et à Africa Corps, ainsi qu’à reconstruire des appuis politiques dans une région où l’Algérie joue un rôle clé. Les alliances entre la France et les indépendantistes maliens ont souvent été motivées par des intérêts conjoncturels plutôt que par une adhésion idéologique durable.