Crise politique au Sénégal : le duel Diomaye Faye – Ousmane Sonko rebat les cartes
Portés par un même projet de rupture avec le régime précédent, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, figures du parti Pastef, se retrouvent aujourd’hui dans un affrontement politique inédit. Le limogeage de Sonko du poste de Premier ministre, suivi de son retour à l’Assemblée nationale et de son élection à la présidence de l’institution, marque un tournant dans la vie politique sénégalaise.
Ce face-à-face oppose un chef de l’État aux prérogatives constitutionnelles étendues et un leader politique qui conserve une large majorité parlementaire. L’analyse des leviers de pouvoir de chacun et des facteurs qui influenceront l’évolution de ce rapport de force permet d’éclairer les scénarios possibles pour le pays.
Que dit cette crise de l’exercice du pouvoir au Sénégal ?
Il est indéniable qu’il s’agit d’une crise, d’autant qu’elle oppose le président de la République à son ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale. Cette situation met en lumière les difficultés de partage du pouvoir. Jusqu’à présent, le modèle sénégalais reposait sur un présidentialisme où le parti au pouvoir dominait également le législatif. Aujourd’hui, nous assistons de facto à une cohabitation.
Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives, car les événements évoluent. Cette phase constitue un test de résilience pour le système politique sénégalais. C’est dans ces moments que l’on mesure sa capacité à surmonter les crises.
Comme toute alternance, cette période permet d’évaluer la solidité du système. Le Sénégal s’accommode-t-il d’une division du pouvoir au sommet ? ou est-il plus réceptif à un pouvoir fort unifié ? L’avenir le dira. La modération dans l’exercice du pouvoir semble être un gage de stabilité.
Cette crise s’inscrit-elle dans la tradition des rivalités président-Premier ministre, ou constitue-t-elle une rupture ?
À l’échelle nationale, c’est une rupture. Depuis 1960, seule la crise entre Senghor et Dia en 1962 a menacé la stabilité institutionnelle. Pour comprendre, rappelons que le président dispose de pouvoirs constitutionnels importants, mais que Sonko a choisi Faye comme candidat et lui a apporté un soutien décisif. La situation actuelle résulte de la rencontre entre deux légitimités : juridique pour le président, politique pour le Premier ministre qui contrôle le parti et bénéficie d’une large base populaire. Les élections législatives de novembre 2024 en sont la preuve. Les prochaines locales de janvier 2027 serviront de régulateur dans cette cohabitation controversée.
Quelles sont les ressources de pouvoir de Faye et Sonko ?
Les partis politiques cherchent à offrir des avantages à leurs militants, qui en retour font fonctionner l’organisation. Les deux hommes peuvent ainsi compter sur l’expertise et les soutiens électoraux. Ousmane Sonko s’appuie sur le parti PASTEF-Les Patriotes, qui l’a élu à l’unanimité lors de son congrès de juin 2026, et sur une majorité parlementaire de 130 députés sur 165, avec des pouvoirs de contrôle et de censure. Bassirou Diomaye Faye, lui, détient les prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, mais a besoin de l’Assemblée pour certaines actions. Il peut également compter sur le pouvoir d’État et la posture présidentielle comme ressource symbolique.
Quels facteurs détermineront l’évolution du rapport de force ?
Les enjeux sont importants, mais le jeu politique est régulé par les élections, mécanismes correcteurs et pacificateurs. Un consensus sur le calendrier électoral, la transparence et la modération dans l’exercice du pouvoir sont essentiels. Les perceptions des populations sur la gouvernance de Sonko et de Faye seront déterminantes. L’efficacité des politiques publiques, la moralisation de la vie publique, la reddition des comptes et la justice pour les martyrs des manifestations de 2021-2024 pèseront sur le rapport de force. Enfin, l’élection et le système de partis sont des rouages protecteurs, mais des dysfonctionnements liés au manque de transparence et à l’absence de modération peuvent conduire à des actions collectives violentes.