Crise politique en RDC : Kabuya et Mbata s’affrontent avant la marche de l’opposition

Crise politique en RDC : Kabuya et Mbata s’affrontent avant la marche de l’opposition

La tension monte à Kinshasa. Les figures politiques Augustin Kabuya et André Mbata, tous deux membres de la majorité présidentielle, s’affrontent publiquement à quelques jours d’une manifestation organisée par la Coalition article 64 (C64). Cette marche, prévue le 22 juillet, vise à exiger la démission du président Félix Tshisekedi, accusé de vouloir modifier la Constitution pour prolonger son mandat.

Une opposition déterminée face à la majorité divisée

La C64, regroupant des partis d’opposition et de la société civile, a choisi le Palais de la Nation comme point de chute pour cette mobilisation. Elle dénonce une tentative de coup d’État constitutionnel, alors que le chef de l’État a clairement exprimé son intention de faire évoluer la loi fondamentale de 2006, et non de la réviser.

Face à cette initiative, la majorité présidentielle est en proie à des divisions internes. Deux de ses principaux représentants, Kabuya et Mbata, s’opposent frontalement sur la stratégie à adopter. Un affrontement qui reflète les tensions croissantes au sein de l’Union sacrée de la nation (USN), la plateforme politique soutenant Félix Tshisekedi.

Kabuya et Mbata : deux visions opposées de la riposte

André Mbata, député national et secrétaire permanent de l’USN, a appelé l’ensemble des membres de la plateforme à organiser une contre-manifestation dans la capitale, ainsi que dans les 25 provinces et à l’étranger. Dans un communiqué diffusé depuis Yaoundé, au Cameroun, il a exigé une mobilisation massive contre « ceux qui ont décidé de faire un coup d’État contre la nation en privant le peuple de sa souveraineté ».

Sa position tranchante contraste avec celle d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS (parti au pouvoir) et membre du présidium de l’USN. Ce dernier a publié un communiqué laconique, appelant les militants de l’UDPS à ne pas participer à la marche et à éviter les itinéraires empruntés par l’opposition. Une prise de position qui a suscité l’ire de Mbata.

Un échange public et des accusations mutuelles

Dans une réponse cinglante, Mbata a balayé l’argument de Kabuya, affirmant que « l’USN, qui compte plus de 900 partis, regroupements politiques et associations, ne saurait être réduite à l’une de ses composantes ». Il a qualifié de « politiquement incorrecte » la déclaration de Kabuya, soulignant que « les membres de l’USN devraient superbement ignorer tout message en dehors de celui qui leur sera communiqué par le Secrétaire permanent, porte-parole officiel de la plateforme ».

Kabuya, de son côté, a maintenu sa position, insistant sur l’absence de marche prévue à cette date et invitant ses partisans à rester mobilisés pour des activités internes au parti. Un message perçu comme une tentative de démobilisation par ses détracteurs.

Un conflit aux racines profondes

Cette rivalité ne date pas d’hier. En 2024, Mbata avait déjà défié Kabuya en soutenant un candidat opposé à celui présenté par ce dernier lors de l’élection du gouverneur du Sankuru. Une opposition qui s’est concrétisée par une victoire de son protégé, Jules Lodi Emongo, et qui a marqué un tournant dans leurs relations.

L’épisode du Sankuru avait été suivi d’une déclaration forte de Kabuya, demandant aux cadres de l’UDPS de ne plus verser leurs cotisations à Mbata, qu’il accusait de vouloir diviser le parti. Une stratégie qui illustre les luttes de pouvoir internes à l’USN, alors que le pays se dirige vers des échéances électorales cruciales en 2028.

Une majorité sous tension, un pays en attente

Alors que la marche de la C64 se profile, la majorité présidentielle apparaît profondément divisée. Les divisions entre Kabuya et Mbata ne sont que la partie émergée d’un iceberg de tensions internes, qui pourraient affaiblir la position du président Tshisekedi face à l’opposition. Dans un contexte où la stabilité politique est déjà menacée par des défis sécuritaires et économiques, cette crise interne risque d’aggraver les incertitudes pour les Congolais.

Reste à savoir si l’USN parviendra à présenter un front uni face à la mobilisation de l’opposition, ou si les rivalités internes continueront de fragiliser la majorité présidentielle en ces moments décisifs.