Épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo : une course contre la montre dans l’est du pays

L’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’aggrave sans relâche. Selon les dernières données officielles, plus de 1 850 décès ont été recensés parmi près de 4 000 cas confirmés. Le taux de mortalité dépasse désormais les 40 %, un chiffre alarmant qui place cette flambée parmi les plus meurtrières jamais enregistrées.

Le virus Bundibugyo, responsable de cette crise, se propage à une vitesse inédite. D’après les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), cette souche a déjà causé cinq fois plus de morts que lors des précédentes épidémies sur une période similaire. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a d’ailleurs admis fin juillet : « Je ne peux pas affirmer que nous maîtrisons totalement cette situation aujourd’hui. »

Un environnement hostile qui entrave la lutte contre le virus

Plusieurs obstacles entravent la réponse sanitaire. L’est de la RDC, et notamment la province de l’Ituri, est un territoire en proie à une insécurité chronique. Les attaques répétées des ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda, ainsi que la présence de milices locales, perturbent gravement les opérations de surveillance et de dépistage. Le Nord-Kivu, une autre zone touchée, est partiellement sous contrôle du groupe M23, soutenu par le Rwanda, après des combats intenses contre l’armée congolaise.

Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de populations vers des régions voisines comme l’Ouganda ou le Burundi. Les conditions de vie précaires, couplées à une hygiène déplorable, aggravent encore la propagation du virus. Au début de l’épidémie, les moyens alloués à la surveillance épidémiologique étaient insuffisants, retardant l’identification et la confirmation des cas.

Le traçage des contacts reste particulièrement défaillant. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être tracés. Selon l’Africa CDC, chaque cas confirmé en zone urbaine devrait donner lieu au suivi d’environ 40 contacts, ce qui porterait le total à 134 400 personnes. Pourtant, seulement 17 500 sont actuellement suivies, soit 13 % de l’objectif. Environ un cinquième des cas recensés ne bénéficient d’aucun suivi régulier, en raison du manque de personnel ou des violences persistantes.

Autre signe de l’ampleur de la crise : 60 % des décès sont survenus au sein des communautés, et non dans des centres de santé dédiés.

Des avancées médicales encore limitées face à l’urgence

Face à cette situation critique, des efforts sont en cours pour tenter d’endiguer la propagation. Un essai clinique d’un vaccin contre la souche Bundibugyo a été lancé ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu une dose, dans le cadre d’une étude devant inclure 50 adultes pour évaluer la sécurité du traitement. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire Hilleman Laboratories, avec pour objectif de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.

En attendant, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola aux populations touchées. Bien que différent, ce variant permet aux patients vaccinés de développer des symptômes légers et d’éviter les formes graves. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements.

Jean Kaseya a également évoqué l’extension de l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Cette solution a permis à l’Ouganda voisin de contenir rapidement une épidémie similaire venue de RDC, avec un taux de mortalité réduit à 10 %. « L’Ouganda a utilisé le remdesivir pour toutes les personnes malades et les cas contacts », a-t-il souligné. Les projections des autorités sanitaires internationales craignent que cette épidémie ne dépasse en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

Une réponse internationale en retard et insuffisante

Un autre facteur a aggravé la crise : le retard dans l’envoi de l’aide internationale. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales fournies par l’USAID depuis des décennies, fragilisant considérablement la RDC. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une nouvelle enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis à 512 millions de dollars pour la lutte contre Ebola. Cette somme permettra enfin, trois mois après le début de l’épidémie, à l’OMS et à l’Africa CDC de financer leur plan de réponse évalué à 518 millions de dollars.

Pourtant, ce montant reste bien inférieur à ce que les États-Unis ont déjà investi dans des crises sanitaires similaires par le passé. Malgré ce soutien, les États-Unis restent le premier contributeur à la réponse contre Ebola, loin devant l’Union européenne.