Faye écarte Sonko de la primature au Sénégal : un tournant politique

Faye écarte Sonko de la primature au Sénégal : un tournant politique

Ousmane Sonko lors de son discours après son limogeage
Ousmane Sonko lors de son discours après l’annonce de son limogeage par le président Faye. (© KEYSTONE/EPA/JALAL MORCHIDI)

Le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin vendredi aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant un terme à des mois de tensions politiques au Sénégal. Cette décision brutale intervient après une période d’incertitude croissante entre les deux figures du pouvoir.

Dans un communiqué solennel diffusé à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba, le chef de l’État a officialisé le limogeage : « J’ai mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko, Premier ministre, et par conséquent à celles des ministres et secrétaires d’État membres du gouvernement. » Les membres du gouvernement sortant sont désormais chargés d’expédier les affaires courantes, sans précision sur une future nomination.

Cette rupture marque un tournant dans l’histoire politique récente du pays. Ousmane Sonko, figure charismatique et opposant farouche à l’ancien président Macky Sall, avait pourtant joué un rôle clé dans l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en 2024. Condamné pour diffamation, Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle avant de soutenir la candidature de Faye, un duo qui avait séduit la jeunesse sénégalaise avec le slogan « Diomaye c’est Sonko ».

Un bras de fer de plus en plus visible

Les tensions entre les deux hommes n’ont cessé de s’aggraver depuis le début de leur mandat. Le président Faye avait récemment critiqué « la personnalisation excessive » de Sonko au sein du parti au pouvoir, rappelant dans une interview télévisée : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »

Cette déclaration faisait suite à la domination écrasante du parti de Sonko à l’Assemblée nationale, après les élections législatives de novembre 2024. La récente réforme du code électoral, adoptée malgré l’opposition, avait même ouvert la voie à une possible candidature de Sonko pour la présidentielle de 2029, une perspective qui avait suscité de vives critiques.

La Cour suprême avait rejeté en juillet 2025 un recours de Sonko contre sa condamnation, relançant le débat sur son éligibilité. Pourtant, élu député lors des législatives, il avait renoncé à son mandat pour conserver son poste de Premier ministre, arguant de sa légitimité politique.

Réactions immédiates et contexte politique

Ousmane Sonko n’a pas tardé à réagir sur les réseaux sociaux, affirmant : « Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », son domicile dakarois. Des centaines de ses partisans se sont rassemblés spontanément devant sa résidence pour le soutenir, témoignant de l’attachement populaire que conserve le leader du Pastef.

Quelques heures avant cette annonce, Sonko s’était encore illustré en dénonçant devant le Parlement « la tyrannie de l’Occident », accusé de vouloir « imposer l’homosexualité au reste du monde ». Cette prise de position s’inscrivait dans un contexte de tensions croissantes avec les partenaires internationaux, notamment après l’adoption d’une loi durcissant les peines contre les relations homosexuelles au Sénégal.

Alors que le pays traverse une crise économique majeure, avec une dette publique représentant 132 % du PIB selon le FMI, cette crise politique ajoute une nouvelle couche d’incertitude. Le gouvernement de Faye, issu de la victoire de l’opposition en 2024, avait déjà accusé l’administration précédente d’avoir dissimulé l’ampleur des difficultés budgétaires, ce qui avait entraîné la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars par le FMI.

Avec cette décision, Bassirou Diomaye Faye prend un risque politique majeur. Sonko, bien que contesté, reste une figure incontournable de la vie politique sénégalaise, avec un soutien populaire persistant, notamment parmi la jeunesse. Son exclusion pourrait fragiliser la stabilité du gouvernement et compliquer la gestion des défis économiques du pays.