Gabon : les audits financiers qui secouent Libreville
La ville de Libreville est en proie à une crise financière sans précédent. D'un côté, le Comité d'audit et de consolidation des passifs exigibles de l'État doit livrer ses conclusions la semaine prochaine sur un stock de dette publique estimée à 8 700 milliards FCFA, soit environ 70 % du PIB. D'un autre côté, la Task force sur la dette publique a documenté depuis six ans un système de surfacturations et de travaux fictifs qui explique en partie l'explosion de la dette intérieure.
Cette convergence de calendriers des audits ne doit rien au hasard. L'eurobond gabonais 2031 a accusé mi-avril dernier sa plus forte baisse en un an, après que des projections du FMI ont évalué la dette publique à 85,5 % du PIB, au-dessus du plafond de la norme Cemac. Parallèlement, le spread souverain gabonais est passé de plus de 1 100 points de base en janvier 2026 à 689,60 points de base à mi-avril.
Le rapport d'étape de la Task force chiffrait déjà il y a trois ans un surcoût de 12 milliards FCFA sur les voiries de Libreville, 2,8 milliards FCFA de surfacturations sur la route Ndjolé-Médouneu, un dérapage de 47% sur le stade d'Oyem. Ces montants forment une part non négligeable du stock que l'audit actuel doit désormais qualifier et consolider.
Les investisseurs attendent donc une réponse claire sur ce qui sera fait avec ces chiffres, car le gouvernement gabonais présente ces audits comme un préalable indispensable à l'assainissement des finances publiques. L'issue de ces audits conditionnera également l'accès du pays aux financements concessionnels indispensables à son programme d'investissement.
Les décideurs sous le régime d'Ali Bongo seront probablement ciblés par des poursuites judiciaires, si les audits confirment les allégations de corruption et de malgagem de fonds publics. Le gouvernement gabonais doit donc être prêt à faire face aux conséquences de ses actes passés.