Influenceurs pro-russes en Afrique : le réseau de Kemi Seba et Nathalie Yamb
illustration des réseaux d'influence pro-russes en Afrique

L’influence russe en Afrique ne se limite pas à des actions militaires ou diplomatiques. Elle repose aussi sur un réseau d’influenceurs locaux qui relayent activement les positions du Kremlin sur le continent. Parmi eux, des figures comme Kemi Seba ou Nathalie Yamb jouent un rôle clé dans la diffusion de messages pro-Poutine, souvent en opposition aux puissances occidentales, notamment la France.

L’Afric, une structure clé du soft power russe en Afrique

Au cœur de ce dispositif se trouve l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale), une organisation dirigée depuis le Mozambique par José Matemulane, un universitaire formé en psychologie. Présidée par Ioulia Afanasieva, proche de l’oligarque Evgueni Prigojine – membre influent de l’entourage de Vladimir Poutine et financier de la nébuleuse Wagner –, cette association sert de relais pour diffuser une propagande pro-russe sur le continent.

L’Afric collabore avec plusieurs médias panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, basée au Cameroun. Cette dernière, dirigée par Justin B. Tagouh, appartient au groupe de presse Afrique Média. Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions radicalement pro-Kremlin, qualifiant par exemple le président ukrainien Volodymyr Zelensky de « voyou » et son régime d’oligarchie criminelle. Afrique Média TV invite régulièrement des figures comme Kemi Seba, militant franco-béninois connu pour ses prises de position anti-occidentales.

Kemi Seba, un militant panafricaniste proche des nationalistes russes

Kemi Seba, fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste, a développé ces dernières années des liens étroits avec Aleksandr Douguine, un théoricien russe prônant un monde multipolaire et anti-occidental. Seba a rencontré à plusieurs reprises Vladimir Poutine et a été reçu par Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères en charge de l’Afrique. Lors de son dernier voyage à Moscou, début mars, il a également donné une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.

Invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye en octobre 2020, Seba affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque après que ce dernier lui ait suggéré d’organiser des actions violentes contre des symboles occidentaux, au risque de causer des dommages collatéraux en Afrique. Malgré cela, il continue de relayer activement les thèses du Kremlin sur ses réseaux sociaux, notamment en dénonçant l’influence française sur le continent.

Nathalie Yamb, la « dame de Sotchi » et ses liens avec l’entourage de Poutine

Proche de Kemi Seba, Nathalie Yamb, une Suissesse d’origine camerounaise, s’est imposée comme l’une des principales détractrices de la France et de ses alliés en Afrique. Elle se présente elle-même comme la « dame de Sotchi » depuis sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique en octobre 2019. Ses prises de position virulentes lui ont valu une expulsion de Côte d’Ivoire en décembre 2019.

Selon un rapport de la Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020, en collaboration avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure liée à Prigojine et dirigée par Alexander Malkevitch, un personnage proche des services de renseignement russes. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, elle affiche sans ambiguïté son soutien à l’armée russe.

Un engagement pro-Kremlin assumé au sein du parti Lider en Côte d’Ivoire

Nathalie Yamb est également membre du parti ivoirien Lider, dont les réseaux sociaux relaient massivement la propagande pro-russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Bien que son fondateur, Mamadou Koulibaly, ait officiellement pris sa retraite politique, il s’est rendu à Bamako en mars pour soutenir la junte malienne, connue pour ses liens avec Moscou. Dans une interview accordée à Vox Africa, il a expliqué avoir répondu à une invitation de jeunes panafricanistes et souhaité « violer l’embargo pour soutenir les populations et les jeunes qui luttent pour leur souveraineté ».

Les relais pro-russes au Mali et en Centrafrique

Au Mali, Adama Diarra, surnommé « Ben le cerveau », est une figure centrale du mouvement pro-russe. Porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, il a été le premier à confirmer, en septembre 2021, l’existence de négociations entre l’État malien et le réseau Wagner pour l’envoi de mercenaires russes.

« Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois et ont rendu une expertise », a-t-il déclaré. Membre du Conseil national de transition (CNT), il organise depuis l’automne 2021 la majorité des manifestations pro-russes dans le pays.

La radio Lengo Songo, un outil de propagande russe en Centrafrique

En Centrafrique, la radio Lengo Songo, très écoutée, est l’un des principaux relais médiatiques du Kremlin. Dirigée par Fred Krock, elle serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner. Ses articles sont régulièrement mis en avant par Ria Fan, une agence de presse russe proche de l’écosystème médiatique de Prigojine.

Sur les ondes de Lengo Songo, des personnalités comme l’ancien ambassadeur Vladimir Titorenko, l’ex-conseiller présidentiel Valeri Zakharov, le sociologue Maksim Shugaley ou encore Aleksandr Ivanov, chef de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi), y interviennent régulièrement.

Cette radio est également utilisée par des membres de la société civile centrafricaine, comme Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme Galaxie nationale (très pro-Touadéra), et Harouna Douamba, président de l’association Aimons notre Afrique, financée par Lobaye Invest. Les deux hommes sont parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.

L’Afrique du Sud, un bastion pro-russe sur les réseaux sociaux

En Afrique du Sud, les réseaux sociaux relaient largement les positions pro-russes. Le compte Twitter de Duduzile Zuma-Sambudla, fille de l’ex-président Jacob Zuma, est l’un des plus actifs. Avec plus de 200 000 abonnés, il a popularisé le hashtag #istandwithrussia, partagé des centaines de milliers de fois. La majorité des contenus associés dénoncent l’OTAN et l’impérialisme occidental.

Ces différents acteurs illustrent l’étendue du réseau d’influence russe en Afrique, combinant médias, partis politiques et militants locaux pour promouvoir les intérêts du Kremlin sur le continent.