Instabilité au Mali : pourquoi le modèle de sécurité russe vacille au Sahel
Le Mali traverse une période de fortes turbulences, et ses partenaires semblent peiner à réagir. Ni l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ni la CEDEAO, dont Bamako s’est écartée, ne parviennent à stabiliser la région. Ce vide stratégique en Afrique de l’Ouest témoigne d’une reconfiguration profonde des équilibres sécuritaires.
Un diagnostic alarmant sur la situation malienne
Malgré la violence des attaques survenues fin avril, notamment à Kati, le pays fait preuve d’une résilience remarquable. La disparition du ministre de la Défense, Sadio Camara, désormais remplacé par le général Assimi Goïta, a marqué les esprits, mais la vie quotidienne à Bamako se poursuit. Si la guerre de communication fait rage entre les autorités militaires, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, un effondrement immédiat du régime semble peu probable.
Les limites de l’Alliance des États du Sahel
Face à la crise, les alliés du Mali au sein de l’AES, le Burkina Faso et le Niger, restent prudents. Le capitaine Ibrahim Traoré a dénoncé un complot, mais Ouagadougou est avant tout accaparé par ses propres défis sécuritaires. Les attaques répétées sur le sol burkinabè limitent la capacité du pays à soutenir concrètement son voisin malien.
Bien que la Charte du Liptako-Gourma prévoie une assistance mutuelle, la réalité du terrain freine sa mise en œuvre. L’AES apparaît encore comme une confédération en quête de maturité, incapable de mutualiser efficacement ses forces militaires. Au Niger, les autorités en sont réduites à appeler à des journées de prière et de jeûne pour contrer la menace terroriste.
Le retour diplomatique de la CEDEAO et de l’Union africaine
Malgré le retrait de Bamako en janvier 2025, la CEDEAO tente de revenir dans le jeu diplomatique. Lors d’une réunion majeure à Lomé, au Togo, des représentants de l’AES, de l’Union africaine, de la France, de l’Union européenne et de la Russie ont partagé la même table. Cette ouverture montre une volonté de rompre avec l’image d’une organisation uniquement portée sur l’intervention militaire.
L’Union africaine insiste également sur la nécessité de mécanismes continentaux. L’échec du G5 Sahel, dissous en 2023, a laissé un vide que les organisations régionales peinent à combler. D’ici fin 2026, la CEDEAO espère déployer une brigade antiterroriste, consciente que l’isolement du Sahel central est une erreur stratégique majeure pour la sécurité de l’Afrique de l’Ouest.
La fin du mythe de la protection russe au Sahel
L’influence de Moscou subit un revers de taille. Au-delà de l’aspect militaire, c’est un échec symbolique : la Russie ne semble plus en mesure de garantir la survie des régimes qu’elle soutient. La mort de Sadio Camara, figure centrale du rapprochement avec le Kremlin, et le retrait des paramilitaires d’Africa Corps de Kidal sont des signaux de faiblesse évidents.
Ce déclin profite à Washington, qui manifeste un regain d’intérêt pour la région. Malgré le départ forcé de ses troupes du Niger, la diplomatie américaine cherche à reprendre pied au Sahel, notamment au Mali, attirée par des enjeux géostratégiques et des ressources naturelles cruciales.
Risque de contagion aux pays du golfe de Guinée
L’instabilité malienne inquiète les nations voisines. Si le Sénégal et la Mauritanie surveillent de près la situation à Bamako, les pays côtiers comme le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire craignent surtout un effet domino venant du Burkina Faso. Le Togo tente d’ailleurs de se positionner comme un médiateur privilégié pour maintenir un lien avec les États sahéliens.
Toutefois, le cas du Mali reste spécifique. Le sentiment patriotique et le ralliement autour de l’armée nationale face à la menace séparatiste au Nord renforcent paradoxalement le pouvoir en place, limitant pour l’instant les risques de déstabilisation politique interne immédiate malgré l’ampleur des défis sécuritaires.