Juan Branco et Ousmane Sonko : une correspondance qui dévoile des services controversés
Depuis plusieurs jours, une vive polémique secoue le paysage politique sénégalais. Elle tire son origine d’une lettre écrite par Juan Branco, avocat et essayiste, à l’attention d’Ousmane Sonko, alors Premier ministre du Sénégal. Ce courrier, qui a fuité sur les réseaux sociaux, aborde cinq thèmes majeurs pour lesquels l’avocat sollicite l’intervention de son ami.
Pression sur la justice sénégalaise
Le premier point concerne une commission rogatoire émise par un juge espagnol dans le cadre de l’enlèvement de Juan Branco en Mauritanie. Il demande subtilement à Ousmane Sonko d’influer sur les autorités judiciaires sénégalaises pour faciliter leur collaboration. Pour ce faire, il met en cause la souveraineté du Sénégal en pointant du doigt une prétendue ingérence française dans le dossier.
Accès aux services de renseignements
Ensuite, Juan Branco sollicite l’accès à des documents des services de renseignements sénégalais le concernant, datant de l’ancien régime de Macky Sall, notamment en lien avec les services secrets français. Il se dit victime d’un « contre-narratif très puissant » en France, qui alimente des procédures disciplinaires et pénales à son encontre. Il évoque une tentative de piège visant à le compromettre en octobre 2023, impliquant un agent sénégalais. Cette demande d’accès à des informations classifiées constitue une possible atteinte au secret de la défense nationale et une violation du secret professionnel, selon le code pénal sénégalais.
Procédure contre l’ancien président Macky Sall
Le troisième axe porte sur la procédure pénale engagée en France et devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité visant l’ancien président Sall. Juan Branco implore une action directe d’Ousmane Sonko, y compris un soutien financier. Cette démarche expose les deux hommes à de graves conséquences judiciaires et politiques, car elle contourne les voies légales. Solliciter la transmission de fiches de renseignements sans réquisition d’un juge constitue une incitation à l’atteinte au secret de la défense nationale. De plus, demander un financement public ou partisan via le parti PASTEF pour des procédures privées fait peser un risque de détournement de deniers publics.
Nationalité et fonctions diplomatiques
Juan Branco rappelle ensuite son souhait, exprimé dès mai 2024, de représenter le Sénégal aux Nations Unies à New York. Il estime que cette nomination aurait eu un impact symbolique fort dans la ligne souverainiste du nouveau régime. Apprenant qu’un autre diplomate a été choisi, il rebondit en demandant l’obtention de la nationalité sénégalaise par voie présidentielle exceptionnelle. Cette naturalisation lui permettrait de s’inscrire au barreau du Sénégal et d’enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Ce passage révèle une tentative de contourner les règles républicaines et corporatistes, et met en lumière la mutation de sa relation avec Ousmane Sonko, passant d’une alliance militante à une relation de réclamation.
Questions financières
Enfin, Juan Branco fait le point sur les sommes perçues. Il déclare avoir reçu 15 000 euros d’honoraires entre 2023 et 2025, dont 2 000 euros de défraiement versés par son confrère sénégalais Me Bamba Cissé lors d’un déplacement à Dakar. Cet argent aurait servi à couvrir des frais de déplacement et de cabinet. Il précise que ces sommes sont insuffisantes au regard de son travail et des sacrifices consentis. Cette partie révèle une gestion opaque et informelle, sans cadre contractuel public avec l’État sénégalais. Si ces fonds sont d’origine publique, cela pourrait s’apparenter à un détournement de deniers publics. Ce décompte transforme une alliance idéologique en un rapport de force transactionnel.