Justice malienne : des proches de Bah N’Daw jugés pour complot présumé
Six ans après le déclenchement de la transition politique au Mali, une audience criminelle s’ouvre aujourd’hui à Bamako. Six personnalités, dont d’anciens collaborateurs de l’ex-président de transition Bah N’Daw, sont convoquées devant les chambres spécialisées pour répondre d’accusations de complot contre les institutions.
Un procès aux enjeux politiques et historiques
Parmi les prévenus figurent trois civils et trois militaires, tous placés en détention depuis 2021. Leur principal point commun ? Leur proximité avec Bah N’Daw, renversé lors d’un second coup d’État en mai 2021. L’ancien secrétaire général de la présidence, Kalilou Doumbia, et le colonel Kassoum Goïta, ex-directeur de la Sécurité d’État, font partie des accusés les plus médiatisés. À leurs côtés, un adjudant-chef, un commissaire de police, un homme d’affaires et un marabout complètent ce groupe ciblé.
Des accusations floues, une défense en colère
Les autorités n’ont jamais détaillé les éléments concrets reprochés à ces six hommes, alimentant les soupçons d’un procès instrumentalisé. Leurs avocats dénoncent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques, visant à éliminer toute opposition liée à l’ancien régime. « Ces chefs d’accusation sont vides de sens », affirme l’un de leurs défenseurs. « Nos clients sont détenus depuis plus de deux ans pour des faits non définis. »
Un parcours judiciaire semé d’embûches
Le dossier a connu des rebondissements inattendus. En juin 2022, la justice a même prononcé un non-lieu en faveur de Kalilou Doumbia et d’un ancien commissaire de Kayes, Moustapha Diakité. Pourtant, ces deux hommes sont restés derrière les barreaux. En janvier 2023, la cour d’appel a finalement ordonné leur renvoi devant une juridiction criminelle. Depuis, toutes leurs demandes de libération provisoire ont été rejetées sans explication.
Le procès s’annonce comme un moment clé pour établir la vérité. Les accusés, qui clament leur innocence, espèrent que cette audience permettra enfin de lever le voile sur les circonstances de leur arrestation. « Nous n’avons rien à cacher », déclare un membre de la défense. « Ce procès doit servir à rétablir la justice, pas à la politiser. »
Une plainte sans suite contre les forces de l’ordre
Parallèlement à cette affaire, les avocats de la défense avaient déposé, en décembre 2021, une plainte contre le général Modibo Koné, actuel directeur de la Sécurité d’État. Ils l’accusaient de violations présumées lors des interpellations des prévenus. À ce jour, cette procédure reste lettre morte, sans avancée judiciaire notable.
Alors que l’audience s’apprête à débuter, les observateurs s’interrogent : ce procès marquera-t-il un tournant dans la gestion des transitions politiques au Mali, ou ne sera-t-il qu’un épisode de plus dans une saga judiciaire à suspense ?