La crise politique au Sénégal entre diomaye faye et ousmane sonko

L’affrontement tant redouté entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko a finalement éclaté au grand jour au Sénégal. Le second, après avoir été limogé par le premier, s’est retranché dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Ahmed Newton Barry.

Ousmane Sonko aurait dû anticiper : l’Assemblée nationale sénégalaise s’est révélée un refuge idéal pour patienter jusqu’en 2029. Après la large victoire de son parti, le Pastef, aux élections législatives de novembre 2024, il pensait sécuriser sa position. Son objectif ? Maintenir Diomaye Faye sous surveillance constante, voire endosser dès le départ les responsabilités exécutives à ses côtés, en adoptant le rôle de Premier ministre influent. Mais l’histoire rappelle que le pouvoir corrompt, et que celui qui place un autre sur le trône risque de perdre la sienne, comme l’avait si bien souligné Machiavel.

une lutte de pouvoir inévitable

Un système présidentiel, tel que celui du Sénégal, ne tolère aucune ambiguïté : seul le chef de l’État détient l’autorité suprême. Un Premier ministre, même doté d’un charisme exceptionnel, n’est qu’un figurant de premier plan, rien de plus. Sonko a rapidement ressenti cette réalité. D’abord à l’aise au sein du gouvernement, il a progressivement senti le plafond se refermer sur lui. La décision de la Cour suprême, le 1er juillet 2025, de valider son inéligibilité pour 2029 a sonné comme un glas. Son horizon politique s’est assombri, d’autant plus qu’il n’a perçu aucun soutien de la part de Diomaye Faye dans cette épreuve.

Le leader sénégalais, habitué à une stratégie politique audacieuse, a choisi de jouer la carte de l’agitation populaire pour se maintenir en selle. Il a même franchi certaines lignes rouges, notamment en s’appuyant sur l’Assemblée nationale avec une majorité incontestable. Sonko y voit désormais une forteresse inattaquable, même si l’opposition, bien que réduite, le soupçonne de manœuvres illégales. La balle est dans le camp de Diomaye Faye, qui pourrait contester cette occupation des lieux devant le Conseil constitutionnel. Pour l’instant, il préfère temporiser.

calcul ou prudence ?

Le Sénégal, terre de héros comme Lat Dior Diop, qui a marqué l’histoire par sa résistance face à la colonisation au XIXe siècle, traverse aujourd’hui une période complexe. Les subtilités constitutionnelles et les jeux politiques brouillent les cartes. Deux figures dominent la scène : Bassirou Diomaye Faye, président malin, et Ousmane Sonko, surnommé « Djambar » pour son énergie inépuisable. L’enjeu ? La présidentielle de 2029.

Chacun dispose d’atouts distincts. Diomaye Faye s’appuie sur les institutions et la loi, tandis qu’Ousmane Sonko mise sur son parti structuré et une base militante déterminée, prête à transgresser les règles si nécessaire. Mais le temps joue en faveur du président, qui peut se permettre d’attendre avant d’engager une confrontation frontale.

stratégies opposées

Sonko a transformé l’Assemblée nationale en bastion politique, malgré les risques : une éventuelle dissolution, les pressions des institutions financières ou une saisine du Conseil constitutionnel le déclarant illégal. Son pouvoir y est réel, mais fragile.

Diomaye Faye, de son côté, a nommé un nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, pour redresser l’économie et négocier avec les bailleurs internationaux. Il sait que la confrontation viendra, mais il préfère se préparer méthodiquement, entouré d’une équipe solide. Le calme apparent cache une préparation minutieuse pour l’affrontement à venir.