Le Niger durcit le ton et suspend une dizaine de médias internationaux
Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

Le 8 mai, le pouvoir militaire à Niamey a franchi une nouvelle étape dans le contrôle de l’information en suspendant une dizaine d’organes de presse étrangers. Selon les autorités du Niger, ces médias diffuseraient des contenus pouvant compromettre gravement la stabilité et l’ordre public du pays. Cette décision intervient dans un contexte de Sahel politique tendu, marqué par l’approche du sommet France-Afrique, Africa Forward, prévu au Kenya.

L’Observatoire national de la communication (ONC) a énuméré les médias visés par cette mesure radicale : France 24, RFI, France Afrique Media, LSI Africa, l’AFP, TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart. Cette interdiction, d’application immédiate, concerne tous les supports de diffusion, qu’il s’agisse du satellite, du web ou des applications mobiles.

Un tournant pour la souveraineté Sahel

Dans le cadre de l’AES actualité, ce n’est pas la première fois que Niamey s’en prend à la presse occidentale. Depuis le coup d’État de juillet 2023, le régime a progressivement rompu ses liens avec la France pour se rapprocher de nouveaux alliés comme la Russie. En revendiquant une souveraineté Sahel totale, le pouvoir nigérien dénonce régulièrement ce qu’il qualifie d’impérialisme.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi en qualifiant cette suspension d’abusive et en exigeant son annulation. Pourtant, cette tendance s’inscrit dans une dynamique régionale propre au bloc Mali Burkina Niger. Quelques jours plus tôt, le Burkina Faso avait lui aussi banni TV5 Monde de ses ondes.

Une stratégie commune au sein de l’Alliance des États du Sahel

Les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) semblent coordonner leurs actions en matière de régulation médiatique. Alors que le Mali fait face à une pression sécuritaire accrue, les trois pays ont choisi de boycotter le sommet de Nairobi. Cette actualité AES souligne la volonté des régimes en place de s’affranchir des canaux d’information traditionnels jugés hostiles.

Parallèlement à ces suspensions, la situation des journalistes locaux reste préoccupante. Bien que Gazali Abdou et Hassane Zada aient été libérés récemment, plusieurs de leurs confrères demeurent incarcérés au Niger pour des motifs tels que le complot contre l’autorité de l’État ou l’atteinte à la défense nationale.

Un environnement médiatique de plus en plus restreint

Le recul des libertés est manifeste dans les dernières AES nouvelles. En 2026, le Niger a chuté lourdement dans le classement mondial de la liberté de la presse, occupant désormais la 120e place. En plus des médias, le pouvoir s’est attaqué au secteur associatif en suspendant près de 3 000 ONG, les accusant de liens avec des groupes armés terroristes.

Le cadre législatif s’est également durci avec une nouvelle loi réprimant sévèrement la diffusion de données numériques susceptibles de troubler la paix sociale. Ces mesures confirment la trajectoire de Niamey vers un contrôle total de son espace informationnel.