L’expansion de la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest après les attaques au Mali
Le 25 avril, une série d’offensives coordonnées au Mali, menées par des insurgés affiliés à Al-Qaïda et des rebelles touaregs, a mis en évidence la vulnérabilité du gouvernement militaire. Cette alliance de circonstances entre des groupes aux motivations divergentes a permis de frapper directement les centres névralgiques du pouvoir.
Au cours de ces affrontements, le ministre de la Défense du Mali a perdu la vie, tandis que plusieurs installations militaires et localités du Nord, en bordure du Sahara, tombaient aux mains des assaillants. Ces derniers ont également annoncé la mise en place d’un blocus total autour de Bamako, la capitale de ce pays enclavé.
Malgré les multiples interventions internationales menées depuis 2013 par la France, les États-Unis, l’ONU et la Russie, les mouvements extrémistes, incluant des factions liées à l’État islamique, continuent de progresser. Leur emprise s’étend désormais sur un corridor de 3 000 kilomètres, partant de l’ouest du Mali, près du Sénégal, traversant le Niger et le Burkina Faso, pour rejoindre le Nigeria et le Tchad.
Cette instabilité menace directement les exploitations stratégiques d’or, de lithium et d’uranium, tout en faisant peser un risque croissant sur les nations côtières de l’Afrique de l’Ouest. Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a d’ailleurs souligné que le terrorisme au Sahel représente désormais une menace globale en raison de ses ramifications internationales.
Les acteurs majeurs du conflit
Le gouvernement militaire malien : Dirigé par Assimi Goïta, un officier des forces spéciales arrivé au pouvoir après deux coups d’État, le régime a reporté le retour à la démocratie, invoquant la nécessité de stabiliser prioritairement la sécurité nationale.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) : Sous la houlette de Bilal Ag Cherif, ce mouvement séparatiste touareg, qui avait signé un accord de paix en 2015, a repris les armes. Le FLA s’est de nouveau allié aux groupes islamistes après l’effondrement des accords avec la junte actuelle.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) : Mené par Iyad Ag Ghaly, une figure historique des rébellions touarègues devenue chef djihadiste, ce groupe est issu de la fusion de plusieurs entités islamistes en 2017. Ag Ghaly fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.
L’État islamique au Sahel (ISSP) : Dirigé par Abu al-Bara al-Sahrawi, ce groupe rival du JNIM s’est implanté dans la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger). Les affrontements entre ces deux factions djihadistes ont déjà causé des milliers de morts.
Africa Corps : Cette force paramilitaire sous contrôle du Kremlin a pris le relais du groupe Wagner pour soutenir militairement le Mali. Bien que la Russie affirme sa volonté de rester pour combattre l’extrémisme, des retraits récents de certaines bases du Nord soulèvent des interrogations sur la pérennité de ce soutien.
Une déstabilisation régionale profonde
Ces dernières années, les combattants islamistes ont délaissé les attaques spectaculaires pour privilégier un ancrage rural solide et un recrutement local efficace. Actuellement, ils opèrent sur environ 60 % du territoire du Burkina Faso et contrôlent de vastes zones au Niger. Selon les Nations unies, ces violences ont déjà entraîné le déplacement de quatre millions de personnes.
La menace s’étend désormais vers le sud, touchant le nord du Bénin, du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Parallèlement, l’insurrection dans le nord-est du Nigeria s’est transformée en une branche redoutable de l’État islamique, cherchant à faire jonction avec les groupes du Sahel.
Sur le plan économique, la région produit environ 10 % de l’or mondial. Le Niger, de son côté, est un fournisseur crucial d’uranium pour l’Europe. L’expansion djihadiste perturbe les routes d’approvisionnement et force les entreprises minières à augmenter drastiquement leurs budgets de sécurité.
Enfin, cette crise sécuritaire et économique alimente un flux migratoire croissant vers l’Europe. De nombreux ressortissants d’Afrique de l’Ouest tentent des traversées périlleuses vers les îles Canaries ou via la Méditerranée. Les experts avertissent que si ces groupes parviennent à consolider leurs bases régionales, ils pourraient à terme représenter une menace directe pour la sécurité internationale.