Mali : Bamako verrouille 40 massifs forestiers pour contrer les jihadistes

Les autorités maliennes intensifient leur lutte contre les groupes armés. Un arrêté ministériel publié le 5 juin 2026 instaure des zones d’intérêt militaire dans une quarantaine de forêts réparties sur tout le territoire. Ces espaces, désormais réservés aux opérations des Forces armées maliennes (FAMa), sont totalement interdits aux civils. L’objectif affiché est de priver les katibas jihadistes, liées à l’État islamique au Sahel et au JNIM, de leurs refuges naturels.

Un nouveau découpage sécuritaire du territoire

Le texte énumère précisément les massifs forestiers concernés, situés principalement dans le centre et le sud du pays. Ces zones boisées servaient depuis des années de bases arrière aux combattants. En restreignant l’accès, Bamako cherche à rompre les chaînes logistiques ennemies et à mener des frappes aériennes sans risque de toucher des populations.

La forêt au Mali est un espace vital pour les communautés rurales : cueillette, pâturage, petit commerce. Mais elle abrite aussi des activités illicites et sert de cache aux insurgés. Le nouveau statut militaire bouleverse les usages traditionnels et place ces ressources sous contrôle direct de l’armée.

Désormais, toute intrusion civile est passible de sanctions, et les opérations de ratissage peuvent être lancées sans préavis. Cette décision s’inscrit dans la ligne dure des colonels au pouvoir depuis 2020, qui ont mis fin à la coopération avec Paris et renforcé leurs liens avec Moscou.

Un pari risqué pour les populations

L’efficacité de cette mesure dépendra de la capacité des FAMa à contrôler durablement ces forêts. Les opérations héliportées et les frappes ciblées, devenues la norme depuis le départ de la MINUSMA en 2023, trouvent ici un cadre juridique élargi. Pour Bamako, c’est aussi un signal fort envoyé à l’opinion publique, alors que l’insécurité gagne le sud, jusqu’aux portes de la capitale et de Kayes.

Mais les conséquences sociales pourraient être lourdes : des dizaines de milliers de riverains dépendent de l’exploitation forestière pour survivre. L’interdiction risque d’aggraver la précarité dans des zones déjà touchées par la sécheresse et l’inflation. Au Burkina Faso voisin, des mesures similaires ont provoqué des déplacements massifs de population.

Une dynamique régionale de militarisation

Le Mali n’agit pas seul. Le Burkina Faso et le Niger, partenaires au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), ont également multiplié les zones d’exception militaire depuis 2024. Cette convergence traduit une vision commune de la souveraineté sécuritaire, fondée sur le contrôle physique des espaces périphériques et la suspension de certains droits coutumiers.

Les observateurs internationaux restent prudents. Les organisations de défense des droits humains ont déjà documenté des abus dans des zones militarisées. La capacité de la junte à concilier efficacité et protection des civils sera jugée de près par les voisins ouest-africains et les partenaires encore présents au Mali.

Sur le plan économique, ces périmètres pourraient aussi perturber l’exploitation minière artisanale en périphérie des forêts. Le gouvernement n’a pas encore précisé les modalités d’indemnisation ou de compensation pour les populations concernées. L’arrêté couvre près de quarante massifs forestiers à travers le pays.