Mali : des civils pris pour cible par toutes les parties au conflit, selon une enquête

Les populations civiles du Mali paient un lourd tribut dans l’escalade des affrontements qui secouent le pays depuis la fin avril. Un rapport accablant, publié lundi 29 juin, met en cause l’ensemble des belligérants : les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA), l’armée malienne ainsi que les supplétifs russes d’Africa Corps. L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) dénonce ce qu’elle qualifie de « graves abus contre des civils ».

Selon l’enquête, menée à distance auprès de trente-quatre témoins et appuyée par des images satellites, des vidéos et des photographies, « toutes les parties ont attaqué illégalement des civils ». Les violences, déclenchées après l’offensive conjointe du JNIM et du FLA contre des positions tenues par la junte, ont causé la mort d’au moins treize personnes et fait vingt-cinq blessés parmi les habitants de Gao et de Kidal.

Un habitant de Kidal, âgé de trente-huit ans, raconte avoir été blessé lors des échanges de tirs : « J’ai été touché par des balles à l’épaule droite et à la cuisse gauche. Les coups de feu venaient de toutes les directions », explique-t-il, incapable d’identifier l’origine des tirs.

Des exactions en série imputées au JNIM et à l’armée

Le JNIM est accusé d’avoir incendié plus de quarante véhicules civils entre le 6 et le 21 mai sur les axes routiers menant à Bamako. L’organisation jihadiste aurait également « exécuté publiquement un homme » dans la localité de Tonka. « Nous avons récupéré son corps avec une balle dans la tête », témoigne un habitant interrogé par HRW.

De son côté, l’armée malienne est mise en cause pour avoir tué trente-huit civils, dont vingt-trois enfants, au cours d’opérations menées contre des communautés peules dans le centre du pays. Deux frappes de drones présumées sont également rapportées, à Guimbé et Tené. « J’ai entendu un bruit venant du ciel puis une explosion. Nous avons constaté que les dégâts étaient énormes, avec des morts et des blessés », raconte un résident de Tené.

L’ONG précise avoir tenté de contacter les autorités maliennes mais n’a obtenu aucune réponse. Le JNIM a réagi en déclarant qu’« il ne peut y avoir de guerre sans coûts humains ». Le FLA, de son côté, assure avoir « pris suffisamment de mesures pour que les civils ne soient pas des victimes collatérales des combats ».