Mali : l’ancien premier ministre Moussa Mara condamné dans un climat de répression accrue
La justice malienne a récemment prononcé une sentence de deux ans de prison, dont une année ferme, assortie d’une amende de 500 000 francs CFA à l’encontre de Moussa Mara. L’ancien premier ministre du Mali est accusé, entre autres, d’atteinte au crédit de l’État. Pour l’organisation Amnesty International, ce verdict s’apparente à une parodie de justice visant à étouffer les voix dissidentes.
Selon les défenseurs des droits humains, cette condamnation bafoue les engagements internationaux du Mali, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Les autorités sont exhortées à libérer immédiatement Moussa Mara ainsi que toutes les personnes incarcérées pour avoir simplement exprimé leurs opinions politiques.
Les raisons d’une arrestation contestée
Moussa Mara, qui a dirigé le gouvernement d’avril 2014 à janvier 2015 et préside le parti d’opposition Yéléma, a été interpellé le 1er août. Les chefs d’accusation retenus contre lui incluent l’incitation au trouble à l’ordre public et l’opposition à l’autorité légitime.
L’origine de ses ennuis judiciaires remonte à une publication sur les réseaux sociaux datée du 4 juillet. Dans ce message, il manifestait son soutien à des activistes et politiciens emprisonnés, utilisant une métaphore sur la fin de la « nuit » et son engagement à faire apparaître « le soleil ».
Une vague de disparitions et d’incarcérations arbitraires
Le cas de Moussa Mara n’est pas isolé. De nombreux journalistes et militants subissent les contrecoups d’une répression systématique des critiques envers le pouvoir en place.
- El Béchir Thiam : ce journaliste membre du parti Yéléma a été enlevé en mai 2025 par des individus cagoulés après avoir critiqué la prolongation du mandat du gouvernement militaire. Il a finalement été libéré en septembre après plusieurs mois de détention au secret.
- Clément Dembélé : cet activiste anti-corruption est maintenu en détention malgré une décision de justice en sa faveur. Il avait été arrêté fin 2023 alors qu’il s’apprêtait à dénoncer les défaillances énergétiques du pays.
Les experts des Nations unies ont déjà exprimé leurs vives inquiétudes face à ces pratiques de disparitions forcées et d’usage abusif du système pénal pour neutraliser l’opposition pacifique au Mali.
Museler la contestation : d’autres figures ciblées
Depuis 2023, plusieurs autres voix se sont éteintes derrière les barreaux. Rokiatou Doumbia, célèbre pour son combat contre la vie chère, reste détenue arbitrairement bien qu’elle ait terminé de purger sa peine initiale d’un an.
De son côté, l’animateur Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath », fait face à de nouvelles inculpations alors qu’il venait de purger 18 mois de prison pour avoir contesté les circonstances du décès de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.
D’autres personnalités comme Adama Diarra (Ben le Cerveau) et Issa Kaou N’Djim subissent également des peines de prison ferme pour avoir réclamé un retour à l’ordre constitutionnel ou pour avoir émis des doutes sur des déclarations officielles émanant de pays voisins comme le Burkina Faso.
Un contexte politique verrouillé
Le Mali traverse une période de transition instable depuis le coup d’État de 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Initialement prévue pour durer 18 mois, cette période a été étendue à plusieurs reprises. En avril 2025, une étape supplémentaire a été franchie avec la dissolution des partis politiques et l’annonce d’une nouvelle prolongation de cinq ans de la transition militaire.