Malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants
Enfant souffrant de malnutrition au Mali

malnutrition au Mali : une crise sanitaire aux conséquences dramatiques

La malnutrition représente un défi sanitaire majeur au Mali, touchant près de 40 % de la population dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Malgré les efforts de prévention déployés ces dernières années, des poches de crise persistent dans plusieurs régions. Voici un état des lieux complet de cette situation alarmante.

Le Mali fait face à une prévalence élevée de la malnutrition, notamment chez les enfants. Près d’un enfant sur cinq décède avant d’atteindre l’âge de 5 ans, un taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde. Ce fléau, souvent invisible, engendre des répercussions dévastatrices à court, moyen et long terme, tant pour les familles que pour la société malienne dans son ensemble.

Parmi les facteurs aggravants, les naissances rapprochées occupent une place centrale. Cette pratique, courante dans de nombreuses familles, contribue fortement à la malnutrition des jeunes enfants et des mères. Par ailleurs, la taille des ménages joue un rôle clé : plus une famille est nombreuse, plus le risque de malnutrition s’accroît.

Des chiffres qui dépassent les seuils d’alerte

La malnutrition aiguë globale (modérée et sévère) touche 15 % de la population malienne, un seuil bien supérieur aux 10 % fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Quant à la malnutrition chronique, elle frappe 38 % des enfants de moins de 5 ans, alors que le niveau d’alerte international est établi à 20 %. Le Mali dépasse donc largement ces indicateurs critiques.

En outre, plus de 80 % des enfants de moins de 5 ans et 65 % des femmes souffrent d’une carence en fer, l’un des taux les plus élevés au monde. Cette carence a des conséquences graves : elle perturbe le développement intellectuel des enfants et réduit leurs capacités d’apprentissage. Chez les femmes enceintes, elle augmente les risques de complications et de naissances d’enfants malnutris. Une mère anémiée a ainsi plus de risques d’accoucher d’un bébé souffrant de malnutrition.

Au total, 40 % de la population malienne est directement concernée par la malnutrition, un problème de santé publique d’une gravité extrême.

Les mesures prises par les autorités maliennes

Pour endiguer cette crise, le gouvernement malien a élaboré une politique de nutrition ambitieuse, accompagnée d’un plan d’action visant à mobiliser des financements dédiés. Cette stratégie s’articule autour de plusieurs axes clés :

« Ce plan s’accompagne d’une mobilisation ciblée pour renforcer les financements alloués à la lutte contre la malnutrition au Mali. »
Expert en nutrition, Unicef Mali

Parmi les initiatives phares, on note l’iodation universelle du sel, adoptée récemment pour lutter contre les troubles liés aux carences en iode. Aujourd’hui, 79 % des ménages maliens disposent de sel iodé, mais ce chiffre reste en deçà de l’objectif de 90 % fixé par les autorités.

Depuis 2005, les semaines d’intensification des activités nutritionnelles (SIAN) sont organisées deux fois par an. Ces campagnes, qui couvrent 95 % du territoire, sont spécifiquement destinées aux enfants âgés de 6 à 59 mois. Elles sont désormais ancrées dans les habitudes des communautés, ce qui favorise la sensibilisation et la prévention. Pendant ces semaines, l’État malien et les organisations humanitaires promeuvent la vitamine A et les comprimés de déparasitage, deux outils essentiels pour réduire la mortalité infantile.

Les SIAN s’inscrivent dans une approche communautaire globale portée par l’Unicef. Cette démarche vise à :

  • Former les populations à reconnaître les signes de la malnutrition ;
  • Détecter précocement les cas avérés ;
  • Apporter une prise en charge rapide aux enfants malades.

En 2010, seulement 50 % des enfants maliens souffrant de malnutrition aiguë sévère bénéficiaient d’une prise en charge. Aujourd’hui, cette couverture s’améliore progressivement, mais des efforts supplémentaires restent nécessaires pour atteindre l’ensemble des populations vulnérables.

« Pour maximiser l’impact de ces actions, l’Unicef et ses partenaires intègrent le dépistage de la malnutrition dans les activités de santé locales », explique Médiatrice Kiburente Touré. Elle souligne l’importance de sensibiliser les populations aux causes de la malnutrition, en insistant notamment sur les bienfaits de l’eau potable et sur les pratiques alimentaires adaptées.