Maroc 2060 : une population en mutation, entre croissance modérée et vieillissement accéléré
Les projections démographiques du Maroc à l’horizon 2060 révèlent une transformation profonde de sa structure sociale et territoriale. Ces scénarios, élaborés à partir d’hypothèses variées sur la natalité, la mortalité et les mouvements migratoires, dessinent un pays où la croissance démographique ralentit tandis que le vieillissement s’accélère.
Une croissance démographique modérée mais structurellement transformée
Selon le scénario médian, la population marocaine devrait s’accroître de 17,8 % entre 2024 et 2060, passant de 36,8 à 43,3 millions d’habitants. Ce rythme, équivalent à un gain annuel moyen de 182 000 personnes, marque un net ralentissement par rapport aux décennies précédentes. Le taux d’accroissement annuel, actuellement de 0,7 %, devrait progressivement décliner pour atteindre un niveau proche de zéro en 2060, signe d’une stabilisation démographique.
L’urbanisation s’impose comme un phénomène irréversible
Le Maroc s’urbanise à un rythme soutenu. D’ici 2060, près des trois quarts de la population vivront en ville, contre moins de la moitié aujourd’hui. Les villes compteront alors 32,5 millions d’habitants, tandis que les zones rurales, en déclin, n’abriteront plus que 10,8 millions de personnes. Cette transition soulève des enjeux majeurs en matière d’aménagement urbain, de logement et d’accès aux services publics.
Cette mutation accentuera les défis liés à l’urbanisation croissante, prévient l’institution en charge des projections. Elle plaide pour des politiques publiques ambitieuses visant à rééquilibrer le territoire, en renforçant notamment les infrastructures dans les campagnes pour éviter un exode rural massif et préserver la cohésion sociale.
Une jeunesse en déclin, une population active en mutation
La baisse de la fécondité, amorcée il y a près d’un demi-siècle, se traduit déjà par un recul des effectifs des jeunes générations. D’ici 2060, le nombre d’enfants âgés de 4 à 5 ans pourrait chuter de près d’un quart, tandis que les effectifs scolarisables du primaire et du collège diminueraient respectivement de 27 % et 23 %. Cette contraction démographique offre une opportunité unique pour réinvestir dans la qualité de l’éducation, en réduisant la pression sur les infrastructures scolaires au profit d’un meilleur encadrement pédagogique.
La population en âge de travailler (15-59 ans), elle, continuerait de croître jusqu’en 2060, mais de manière inégale. En milieu urbain, elle progresserait de 34 %, tirée par l’exode rural, tandis qu’à la campagne, elle reculerait de 25 %. Cette dynamique exercerait une pression accrue sur le marché du travail urbain, où la demande en emplois devra s’adapter à l’afflux de nouveaux actifs en provenance des zones rurales.
Un vieillissement démographique sans précédent
Le Maroc connaîtra un vieillissement accéléré de sa population. En 2060, une personne sur quatre aura 60 ans ou plus, contre une sur sept aujourd’hui. Le nombre de seniors passera de 5 à 10,9 millions, avec une croissance annuelle moyenne de 2,2 %. Cette hausse sera particulièrement marquée en milieu urbain, où le nombre de personnes âgées sera multiplié par 2,5, contre 1,6 en zone rurale.
Les plus de 70 ans seront les plus touchés par cette tendance, avec un triplement de leurs effectifs. En 2060, ils représenteront près de 15 % de la population totale, contre 6 % aujourd’hui. Cette évolution s’explique par la baisse de la fécondité depuis 1975 et par l’amélioration des conditions de vie, qui ont réduit la mortalité à tous les âges.
Des défis socio-économiques majeurs
Cette mutation démographique aura des conséquences profondes sur le système de protection sociale. Le rapport de dépendance, qui mesure le nombre de personnes inactives par actif, devrait s’alourdir, posant des défis en matière de financement des retraites et de prise en charge médicale. Parallèlement, l’urbanisation et l’éloignement des solidarités familiales traditionnelles menacent de fragiliser les réseaux de soutien aux personnes âgées.
Pour l’institution chargée des projections, le vieillissement est une tendance structurelle et durable, indépendante des scénarios retenus. Elle appelle à une anticipation urgente des politiques publiques dans des domaines aussi variés que la santé, l’emploi, l’aménagement du territoire et la protection sociale. L’enjeu est de taille : accompagner un Maroc dont la population croît moins vite, mais vieillit plus rapidement, tout en évitant les déséquilibres territoriaux et sociaux.