Maroc et Mali : une solidarité renforcée face aux défis régionaux
Marrakech – Le Maroc a réaffirmé avec force sa solidarité indéfectible envers le Mali lors d’une session du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS-UA), condamnant avec la plus grande fermeté les attaques terroristes et séparatistes qui ont frappé le pays d’Afrique de l’Ouest ce week-end.
La délégation marocaine, présente lors de cette réunion dédiée à la situation au Mali, a dénoncé « avec la plus grande fermeté les attaques terroristes et séparatistes ciblant les zones civiles et militaires » et a exprimé sa profonde compassion ainsi que ses sincères condoléances aux familles des victimes et au peuple malien.
Elle a également réitéré le soutien total du Maroc à la souveraineté, à la sécurité, à la stabilité et à l’intégrité territoriale du Mali, tout en appelant à la mobilisation des fonds nécessaires pour une réponse rapide et adaptée, en étroite coordination avec les autorités maliennes.
Cette déclaration, rendue publique mardi, s’inscrit dans la continuité d’une position exprimée dès samedi par le Royaume. Une source diplomatique marocaine avait alors souligné que « le Royaume du Maroc condamne avec la plus grande vigueur ces actes lâches et criminels », réaffirmant le soutien de Rabat aux autorités maliennes dans leur lutte contre le terrorisme et le séparatisme à travers tout le Mali et le Sahel.
Les attaques du 25 avril ont marqué l’histoire par leur ampleur inédite. Des jihadistes affiliés à Al-Qaïda, via le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont mené des assauts coordonnés aux côtés de séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre sept villes, dont Bamako, Kati, Kidal et Gao.
Parmi les victimes, le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a péri dans un attentat-suicide à la voiture piégée à son domicile à Kati. Depuis ces attaques, le président de la junte, le général Assimi Goïta, n’a plus été aperçu ni entendu. La ville stratégique de Kidal est quant à elle tombée sous le contrôle des rebelles, forçant le retrait des mercenaires du Corps africain russe dans le cadre d’un accord avec les groupes armés.
Algérie : une guerre d’influence aux conséquences déstabilisatrices
Alors que le Maroc a fait preuve d’une réactivité exemplaire aux côtés du Mali, des observateurs et analystes pointent désormais du doigt ce qu’ils qualifient de « guerre de l’ombre » menée par l’Algérie contre Bamako. Une campagne de déstabilisation systématique qui se serait intensifiée depuis que le Mali, il y a deux semaines, a pris la décision souveraine de retirer sa reconnaissance de la pseudo-République arabe sahraouie démocratique (RASD) et d’appuyer officiellement le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Un réalignement géopolitique aux répercussions régionales
Ce revirement stratégique a ébranlé les fondements même de la posture diplomatique algérienne en Afrique, érodant des décennies de leviers d’influence soigneusement construits et révélant l’inanité de son prétendu rôle pivot au Sahel.
Le palais de la présidence algérienne, qui a bâti son architecture diplomatique africaine autour de l’instrumentalisation du conflit du Sahara occidental, a interprété ce choix malien comme une insubordination stratégique impardonnable.
Les spécialistes des dynamiques sécuritaires au Sahel sont unanimes : les attaques du 25 avril n’ont pas surgi dans un vide géopolitique. Elles incarnent, en réalité, une rétribution punitive pour le Mali, qui a rompu définitivement avec la sphère d’influence algérienne.
L’Algérie accusée de déstabilisation systémique
Bamako a à plusieurs reprises accusé Alger d’héberger des factions séparatistes et de mener des ingérences hostiles dans ses affaires intérieures. Ces accusations ne sont pas de simples rhétoriques. L’Algérie dispose en effet d’un lourd passif documenté : financement, armement, fourniture de sanctuaires territoriaux et couverture diplomatique à des proxys séparatistes à travers la région.
Le Front Polisario reste l’exemple le plus flagrant et durable de cette doctrine déstabilisatrice. Les observateurs estiment que le même mode opératoire est désormais appliqué méthodiquement contre l’État malien.
Les médias algériens ont réagi avec une synchronisation quasi parfaite avec les groupes armés sur le terrain. Des organes semi-officiels et des réseaux numériques proches de l’État ont lancé, en quelques heures seulement, une offensive de guerre de l’information coordonnée.
Ils ont relayé en masse les narratives séparatistes, gonflé les bilans des victimes militaires maliennes et diffusé des informations non vérifiées sur le sort des hauts responsables. Le message sous-jacent était sans ambiguïté : voici le prix à payer pour quitter l’orbite algérienne.
Cette propagande organisée s’est déployée en parallèle de la stratégie de dissimulation systématique de la junte malienne, qui impose un black-out hermétique sur les incidents terroristes sur son sol. Pourtant, des rapports de surveillance internationaux ont documenté des menaces sécuritaires actives dans la région de Blida, poussant plusieurs ambassades occidentales à émettre des conseils de voyage restrictifs.
Malgré ces alertes, l’ensemble du paysage médiatique algérien a nié la réalité, imposant un silence institutionnel que nul média n’a osé briser. Cette contradiction révèle une dualité cynique au cœur de la stratégie algérienne : étouffer le terrorisme chez soi tout en l’exploitant régionalement comme un levier de coercition géopolitique.
Fin d’un accord controversé et montée des tensions
L’abrogation de l’accord d’Alger de 2015 par le conseil militaire de transition malien, en réponse aux actions hostiles répétées de l’Algérie, a privé Alger de son principal outil d’hégémonie douce sur Bamako.
Pendant des années, Alger avait utilisé cet accord comme un mécanisme de subordination politique permanente, maintenant les groupes armés comme une menace permanente contre le gouvernement central.
Avec la neutralisation de ce levier et l’ouverture du Mali à de nouveaux partenariats stratégiques en dehors de l’emprise algérienne, la réponse d’Alger s’est traduite par une escalade calculée : guerre par procuration, opérations d’information et déstabilisation territoriale.
Le Maroc, un partenaire fiable face aux défis du Sahel
La posture du Maroc, en revanche, reste marquée par une cohérence doctrinale et une transparence opérationnelle. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a exposé cette vision lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré, à Rabat en juin 2024. « Le Maroc rejette catégoriquement la logique de ceux qui font la leçon et font chanter les pays du Sahel », avait-il déclaré.
Beaucoup y ont vu une critique directe envers Alger, le haut diplomate marocain ajoutant : « Même dans le voisinage du Sahel, certains pays cherchent à gérer la situation par le chantage et à régler leurs propres problèmes au détriment de la stabilité régionale. »
Bourita a alors réaffirmé que le Maroc agit selon une logique de confiance dans la capacité des nations du Sahel à surmonter leurs crises, en leur offrant expertise et accompagnement sans condition ni subordination politique.
« Ils n’ont pas besoin de tuteurs, ils ont besoin de partenaires », avait-il affirmé. Pas de posture paternaliste, pas d’exploitation de la vulnérabilité d’autrui. Rabat propose un partenariat fondé sur la souveraineté mutuelle. Alger, en revanche, ne proposerait, selon les observateurs et analystes régionaux, qu’une coercition déguisée sous les atours de la fraternité.