Maroc, un acteur clé dans les relations France-Sahel ?

Maroc : un acteur clé dans les relations France-Sahel ?

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a mené une délégation ministérielle d’une douzaine de membres au Maroc les 15 et 16 juillet. Cette visite, marquée par la signature d’accords bilatéraux, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre Paris et plusieurs pays du Sahel, notamment ceux réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une question se pose alors : le Maroc peut-il jouer un rôle d’apaisement dans ces relations tendues ?

Mehdi Alioua, sociologue marocain spécialiste des migrations

Un rôle de médiation dans le Sahel ?

Mehdi Alioua, sociologue à l’Université internationale de Rabat et titulaire de la chaire Migrations, mobilités et cosmopolitisme, analyse la position du Maroc dans ce jeu diplomatique. Pour lui, le Royaume chérifien ne cherche pas à remplacer la France, mais à renforcer ses propres liens avec l’Afrique subsaharienne.

« Le Maroc n’est pas un adversaire de la France, mais il a su développer une politique africaine ambitieuse, souvent en partenariat avec Paris. Cependant, il investit aussi de manière autonome, notamment dans des pays du Sahel où l’influence française s’affaiblit », explique-t-il.

Des relations millénaires avec le Sahel

Le sociologue souligne l’histoire ancienne entre le Maroc et les pays saheliens, remontant à des siècles. « Les dynasties marocaines ont entretenu des liens profonds avec le Sahel, bien avant l’arrivée de l’islam. Des empires comme celui des Almoravides, originaires du Sahara, ont marqué cette région de leur empreinte. Aujourd’hui, le Maroc mise sur ces relations historiques pour renforcer sa diplomatie », précise-t-il.

Une diplomatie marocaine en quête d’équilibre

Mehdi Alioua reconnaît que le Maroc tente de jouer un rôle d’apaisement dans les tensions entre la France et les pays de l’Alliance des États du Sahel. « La diplomatie marocaine ne repose pas sur une opposition systématique à la France. Elle cherche plutôt à offrir une alternative, notamment économique et sécuritaire, tout en maintenant des canaux de dialogue ouverts avec Paris », ajoute-t-il.

Cependant, il tempère : « Le Maroc ne peut pas résoudre à lui seul les tensions géopolitiques actuelles. Son influence reste limitée face aux enjeux complexes du Sahel. »

Des défis internes à gérer

La visite de Sébastien Lecornu coïncide avec des tensions internes au Maroc, où des personnalités critiques du gouvernement, comme le journaliste Ali Lmrabet et le rappeur Mehdi Black Wind, ont été interpellées. Mehdi Alioua rappelle que, malgré des progrès en matière de droits humains, ces affaires rappellent que des « réflexes du passé » persistent.

« Ces arrestations interrogent sur la liberté d’expression au Maroc. Même si les procédures judiciaires sont en cours, il est crucial que ces dossiers soient traités avec transparence pour préserver la crédibilité du pays sur la scène internationale », analyse-t-il.

Le Maroc peut-il concurrencer la France en Afrique ?

Sur le plan de l’attractivité, Mehdi Alioua estime que le Maroc ne peut pas encore rivaliser avec la France en Afrique subsaharienne. « Le Maroc attire de plus en plus, notamment grâce à des événements comme la Coupe d’Afrique des Nations de football. Mais son développement économique reste en deçà de celui de la France. Tant que le pays restera classé parmi les revenus intermédiaires faibles, son influence ne dépassera pas celle de Paris », explique-t-il.

Il conclut : « Le Maroc a un rôle à jouer dans la stabilisation des relations France-Sahel, mais il ne pourra pas remplacer Paris. Son avenir dépendra de sa capacité à concilier croissance économique et stabilité politique. »