Mine de Zamboï : les failles du secteur aurifère au Cameroun révélées par l’effondrement
Des mineurs artisanaux creusent le sol à Bétaré-Oya, région productrice d'or au Cameroun.

L’effondrement meurtrier de la mine artisanale de Zamboï, en Centrafrique voisine, a braqué les projecteurs sur les pratiques controversées qui gangrènent l’exploitation aurifère au Cameroun. Ce drame, qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes, met en lumière les dérives d’un secteur minier où prolifèrent l’orpaillage clandestin, l’absence de régulation et les risques sanitaires pour les communautés locales.

Un secteur minier camerounais miné par l’anarchie

Au Cameroun, l’exploitation de l’or reste largement artisanale et informelle, malgré les ressources considérables du sous-sol. La région de l’Est, frontalière avec la Centrafrique et riche en gisements, concentre une grande partie de cette activité clandestine. Les mineurs, souvent désorganisés, creusent sans équipement adapté, exposés à des effondrements comme celui de Zamboï.

Les orpailleurs locaux, majoritairement des jeunes en quête de revenus, travaillent dans des conditions précaires. Les tunnels creusés à mains nues s’effondrent régulièrement, entraînant des bilans humains dramatiques. Pourtant, les autorités camerounaises peinent à encadrer cette filière, faute de moyens ou de volonté politique.

Des failles structurelles qui favorisent l’exploitation illégale

Plusieurs facteurs expliquent cette situation chaotique. D’abord, la corruption endémique qui touche les services de l’État chargés du contrôle des mines. Ensuite, l’absence de transparence dans l’attribution des permis d’exploitation, souvent octroyés à des intermédiaires peu scrupuleux. Enfin, l’inefficacité des mesures de sécurisation des sites, où se mêlent orpailleurs, trafiquants et groupes armés transfrontaliers.

Dans un rapport récent, des experts ont souligné que plus de 60 % de l’or produit au Cameroun provient de l’artisanat minier, sans traçabilité ni taxation. Cette économie parallèle prive l’État de recettes fiscales colossales et alimente les réseaux criminels, qui profitent de l’anarchie pour blanchir des fonds ou financer des activités illicites.

Les conséquences sanitaires et sociales d’une exploitation non régulée

Au-delà des risques d’effondrement, l’exploitation aurifère informelle au Cameroun pose de graves problèmes de santé publique. L’utilisation du mercure pour extraire l’or contamine les sols et les cours d’eau, affectant les populations riveraines. Les maladies respiratoires, les intoxications et les troubles neurologiques se multiplient, sans que les victimes ne bénéficient d’aucun suivi médical.

Les communautés locales, souvent marginalisées, subissent de plein fouet les conséquences de cette exploitation anarchique. Les conflits entre mineurs pour le contrôle des concessions dégénèrent parfois en violences, tandis que les femmes et les enfants, employés dans les laveries artisanales, sont surexposés aux risques. Le drame de Zamboï rappelle cruellement l’urgence d’une réforme structurelle.

Vers une régulation nécessaire du secteur aurifère ?

Face à l’ampleur des dérives, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme urgente du secteur. Plusieurs propositions émergent : la formalisation des coopératives minières, l’interdiction du mercure, et la mise en place de contrôles stricts sur les sites d’exploitation. Mais ces mesures se heurtent à des résistances, notamment de la part des acteurs locaux qui profitent du statu quo.

Le gouvernement camerounais a annoncé récemment des mesures de sécurisation des sites miniers, sans pour autant détailler les moyens concrets pour les appliquer. Pourtant, sans une volonté politique forte et des moyens alloués, les risques de nouveaux drames persistent. L’effondrement de Zamboï doit servir de leçon pour éviter que l’histoire ne se répète.