Mosquée sunnite Ouagadougou : entre trahison politique et risques sociaux
La fermeture d’un symbole religieux au Burkina Faso, un coup de massue pour ses anciens soutiens
Le gouverneur de la région du Kadiogo a signé un arrêté controversé pour sceller les portes de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou. Officiellement, la mesure vise à « préserver l’ordre public ». Pourtant, dans un pays où les tensions sociales s’accumulent, cette décision brutale interroge : pourquoi s’attaquer à un édifice qui a longtemps incarné le soutien populaire au pouvoir en place ?
Les fidèles de ce mouvement sunnite, autrefois mobilisés pour légitimer les transitions politiques, se retrouvent aujourd’hui face à une réalité amère. Leur engagement, autrefois perçu comme un pilier de la stabilité nationale, est aujourd’hui qualifié de menace. Une volte-face qui rappelle que les alliances politiques, même ancrées dans la piété, peuvent se retourner contre ceux qui les ont forgées.
Une stratégie politique qui tourne au fiasco
Le Burkina Faso a connu des périodes où les communautés religieuses, et en particulier sunnites, ont joué un rôle clé dans la mobilisation citoyenne. Leur discipline et leur capacité à fédérer ont servi de levier pour consolider des régimes en quête de légitimité. Aujourd’hui, cette mosquée, autrefois symbole de rassemblement et de ferveur, est fermée sous prétexte de risques sécuritaires. Une décision qui sonne comme une trahison pour des croyants qui ont cru aux promesses d’une gouvernance inclusive.
« On nous a utilisés comme caution morale, puis on nous a exclus du jeu politique. » Ce ressenti partagé par de nombreux fidèles illustre l’ironie d’une situation où la foi a été instrumentalisée avant d’être sacrifiée sur l’autel de l’opportunisme.
Un contexte national sous haute tension
Le Burkina Faso fait face à une crise multidimensionnelle : insécurité, instabilité politique et fractures sociales. Dans ce paysage déjà complexe, la fermeture arbitraire d’une mosquée majeure risque d’aggraver les tensions. Plutôt que d’apaiser les esprits, cette mesure pourrait alimenter un sentiment d’injustice et pousser certains à radicaliser leurs positions.
- La précipitation de la décision administrative révèle un manque criant de discernement.
- Plutôt que de favoriser la cohésion, elle risque de créer des clivages profonds au sein de la société.
- Les autorités burkinabè doivent comprendre que la répression ne résout pas les crises, elle les exacerbe.
Dialogue ou confrontation : le choix cornélien du pouvoir
La loi doit s’appliquer, mais elle doit aussi être juste et équitable. Fermer un lieu de culte sans concertation préalable, c’est prendre le risque de transformer une base sociale en opposition déclarée. Les dirigeants actuels ont intérêt à se souvenir que la stabilité ne se construit pas par la coercition, mais par l’écoute et le compromis.
Il est encore temps de rectifier le tir. Suspendre cet arrêté et engager un dialogue transparent avec les représentants religieux pourrait éviter une escalade incontrôlable. Ignorer cette urgence, en revanche, serait une erreur aux conséquences imprévisibles, voire dramatiques.
Le Burkina Faso ne peut se permettre de perdre le soutien de ses alliés naturels. La mosquée fermée aujourd’hui pourrait demain devenir le symbole d’une fracture impossible à réparer.