Niger : appel urgent à la libération de Moussa Tiangari, défenseur des droits humains
Un défenseur des droits humains arbitrairement détenu au Niger
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire vient de rendre un avis sans équivoque : la privation de liberté de Moussa Tiangari, secrétaire général de l’organisation nigerienne Alternative espaces citoyens (AEC), est jugée arbitraire. Une décision qui s’ajoute à des années de harcèlement judiciaire et de violations de ses droits fondamentaux.
Que s’est-il passé ? Le 3 décembre 2024, Moussa Tiangari est enlevé à son domicile à Niamey avant d’être placé en détention secrète pendant 48 heures, suscitant de vives inquiétudes quant à d’éventuels actes de torture. Il est ensuite localisé dans les locaux du Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO) de Niamey, où il est placé en garde à vue. Le 5 décembre, il est formellement inculpé par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey.
Des accusations contestées et des droits bafoués
Les charges retenues contre Moussa Tiangari – « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État », « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État » – pourraient lui valoir la peine de mort en cas de condamnation. Pourtant, son arrestation coïncide avec son retour d’un voyage professionnel à l’étranger, où il a participé à des événements dédiés à la défense des droits humains et du droit international humanitaire.
Le Groupe de travail des Nations unies a clairement établi que sa détention est dépourvue de tout fondement juridique, entachée de violations graves de son droit à un procès équitable et motivée par des considérations discriminatoires liées à l’exercice de ses libertés fondamentales : liberté d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association.
Une détention prolongée malgré les obligations légales
Depuis son arrestation, Moussa Tiangari croupit en prison, à la prison de sécurité de Filingué, alors que la loi nigérienne prévoit une durée maximale de détention provisoire de 12 mois renouvelables une fois en matière criminelle. Pourtant, le 15 mai 2026, sa demande de remise en liberté provisoire a été rejetée par la Cour d’Appel de Niamey. Pire encore : une ordonnance du 26 juin 2026 a rétroactivement modifié ce délai pour le porter à 4 ans renouvelables une fois, une mesure jugée suspecte par ses avocats.
Un parcours de répression systématique
Cette détention arbitraire s’inscrit dans un contexte plus large de répression des voix dissidentes au Niger depuis le coup d’État du 27 juillet 2023. Moussa Tiangari n’en est pas à son premier harcèlement judiciaire :
- Mai 2015 : arrestation arbitraire de 10 jours pour « atteinte à la défense nationale » et « propos de nature à démoraliser les troupes ».
- Mars 2018 : détention de quatre mois et poursuites pour son rôle dans des manifestations pacifiques contre la loi de finances 2018.
- Mars 2020 : nouvelle arrestation et détention d’un mois et demi dans le cadre d’une manifestation anti-corruption.
Ces antécédents illustrent une stratégie délibérée visant à museler les défenseurs des droits humains au Niger.
Une urgence humanitaire et juridique
Le Groupe de travail des Nations unies a clairement identifié des violations des articles clés de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Niger est partie. Pourtant, les autorités nigériennes persistent à ignorer cet avis.
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains exige :
- La libération immédiate et inconditionnelle de Moussa Tiangari.
- L’abandon de toutes les charges à son encontre.
- Une enquête indépendante sur les allégations de torture et mauvais traitements subis pendant sa détention secrète.
- La garantie du respect des libertés fondamentales pour tous les défenseurs des droits humains au Niger.
La situation de Moussa Tiangari est un symbole des atteintes répétées aux droits humains au Niger. Sa libération urgente est un impératif moral et juridique pour restaurer la confiance dans l’État de droit.