Niger : arrestation d’un militant d’opposition sous haute tension politique

Nassirou Bodo a été écroué à la maison d’arrêt de Niamey, « après sa présentation devant le parquet », selon des informations relayées en soirée. Cette détention intervient après une garde à vue prolongée au commissariat de la capitale nigérienne.

Kaka Touda, une personnalité influente de la société civile, a confirmé sur les réseaux sociaux l’arrestation de l’activiste, sans préciser les raisons exactes de son incarcération, qui fait suite à une interpellation policière.

Le quotidien L’Enquêteur a révélé vendredi que Nassirou Bodo est poursuivi pour « diffusion de données susceptibles de perturber l’ordre public », une accusation souvent instrumentalisée dans le contexte actuel.

Quelques jours plus tôt, l’activiste avait appelé sur Facebook à des « actions de contestation et de rejet des violences étatiques contre les populations » pour « une période d’un an, renouvelable à partir du 1er juin ». Parmi les exemples cités figuraient « l’insécurité persistante dans plusieurs régions » ainsi que « les expulsions forcées » des habitants situés dans la zone de l’aéroport de Niamey, cible d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique au Sahel (EIS) fin janvier.

Les autorités justifient ces expulsions par la nécessité de « sécuriser la capitale face à la menace terroriste », évoquant des constructions « illégales » dans cette zone sensible.

Le Niger traverse une période de violences récurrentes perpétrées par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, exacerbant les tensions internes.

Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités militaires ont intensifié les arrestations ciblant journalistes et militants. En 2025, pas moins de 13 professionnels des médias ont été placés en détention. Trois d’entre eux, dont un correspondant de Deutsche Welle, ont été libérés début mai après plusieurs mois d’emprisonnement. Cinq autres restent incarcérés, selon des associations locales de défense de la liberté de la presse.

Moussa Tchangari, une figure emblématique de la société civile et critique virulent du régime, est détenu depuis décembre 2024 sous les chefs d’« apologie du terrorisme et atteinte à la sûreté de l’État ».