Niger : un an de déclin des libertés sous le pouvoir militaire
Depuis le renversement du pouvoir civil il y a douze mois, le Niger traverse une phase critique pour les libertés fondamentales. Les autorités militaires en place ont instauré un climat de répression ciblant l’opposition, les journalistes et les voix dissidentes. Ce constat, partagé par Amnesty International, Human Rights Watch et la FIDH, souligne une dégradation constante de l’État de droit depuis le coup d’État de juillet 2023.
Une détention arbitraire prolongée pour Mohamed Bazoum
Le président déchu, Mohamed Bazoum, ainsi que son épouse, demeurent séquestrés au palais présidentiel de Niamey. Malgré une décision de la Cour de justice de la CEDEAO en décembre 2023 qualifiant cette détention d’arbitraire, aucune libération n’a eu lieu. Au contraire, la Cour d’État du Niger a récemment levé l’immunité de l’ancien chef d’État, ouvrant la voie à un procès pour « haute trahison » dans des conditions dénoncées par les observateurs internationaux pour leur manque de transparence.
Outre le couple présidentiel, environ trente anciens responsables gouvernementaux et proches du pouvoir renversé sont emprisonnés. Beaucoup sont détenus au secret avant d’être traduits devant des tribunaux militaires, en dépit de leur statut de civils.
La liberté de la presse sous haute tension
Le paysage médiatique nigérien subit des pressions sans précédent. Plusieurs journalistes ont été la cible d’arrestations et de harcèlement :
- Samira Sabou, journaliste et blogueuse, a été détenue au secret pendant plusieurs jours avant d’être inculpée pour trouble à l’ordre public.
- Ousmane Toudou a été incarcéré pour « complot contre la sûreté de l’État » après avoir critiqué la prise de pouvoir militaire.
- Soumana Maiga, directeur de L’Enquêteur, a été inquiété pour avoir relayé des informations sur la présence présumée d’agents russes au Niger.
- Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC, a dû s’exiler après avoir reçu des menaces liées à sa couverture sécuritaire dans la région de Tillabéri.
Le durcissement législatif aggrave la situation. La modification de la loi de 2019 sur la cybercriminalité rétablit désormais des peines de prison pour diffamation, un outil perçu comme un moyen de museler la critique en ligne.
Opacité des dépenses militaires et recul démocratique
Alors que la lutte contre la corruption était l’une des promesses initiales du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), un décret signé par le général Abdourahamane Tiani en février 2024 exempte désormais les dépenses de défense de tout contrôle public. Cette absence de transparence sur les marchés militaires inquiète les organisations de défense des droits humains, qui y voient un risque majeur de détournement de fonds publics.
Parallèlement, le droit international est mis à mal par la suspension des visites des ONG dans les prisons, une mesure qui contrevient aux engagements du Niger, notamment la Convention contre la torture ratifiée en 1988. Ce repli sécuritaire s’accompagne d’une rupture diplomatique régionale, marquée par le retrait du pays de la CEDEAO en janvier 2024, aux côtés du Mali et du Burkina Faso.
Face à ce bilan, les organisations internationales appellent à la libération immédiate des prisonniers politiques et au rétablissement des garanties judiciaires essentielles pour préserver l’avenir démocratique du pays.