Nouvelles orientations du gouvernement sénégalais : 5 points clés à retenir
Le Président Bassirou Diomaye Faye a dévoilé lundi soir la composition de son nouveau gouvernement. Dix jours après avoir remplacé son Premier ministre Ousmane Sonko, cette équipe de 30 membres, dirigée par Ahmadou Al Amine Mohamed Lo, doit désormais relever un défi de taille : redresser un pays confronté à une dette publique écrasante et à des tensions sociales persistantes.

1. Une équipe gouvernementale sans majorité parlementaire
Quelques heures avant l’annonce officielle, le PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) a confirmé son refus de participer au gouvernement en raison de « divergences majeures » avec le chef de l’État. Ce boycott prive l’équipe d’Al Amine Lo d’un soutien politique essentiel.
Parmi les figures emblématiques ayant quitté le gouvernement figurent Birame Souley Diop (Énergie), Yacine Fall (Justice), Amadou Ba (Culture) ou encore Maïmouna Gueye (Famille). Pourtant, plusieurs anciens cadres du PASTEF ont été maintenus dans la nouvelle équipe, comme Balla Moussa Fofana (Urbanisme), Yancoba Diémé (Défense) ou Cheikh Diba (Finances, Économie et Plan).
Côté alliés, des proches d’Ousmane Sonko ont été reconduits ou promus, notamment Cheikh Tidiane Dieye (Assainissement), Déthie Fall (Infrastructures) et Mamadou Lamine Dianté (Fonction publique). La Coalition Diomaye compte six ministres, dont El Hadj Abdourahmane Diouf à l’Énergie et au Pétrole. Me Moussa Sarr hérite quant à lui du ministère de la Justice.

2. Une faible représentation féminine
Sur les 30 membres de l’équipe, seulement quatre femmes occupent des postes ministériels, contre cinq dans le gouvernement précédent. Aucune n’est chargée d’un ministère régalien.
Les quatre femmes ministres sont :
- Marie Angélique Mame Selbé Diouf (Famille, Action sociale et Solidarités)
- Djirèye Clotilde Coly (Sports et Jeunesse)
- Ami Mara (Pêches et Économie maritime)
- Mame Coumba Diop (Culture, Industries créatives et Patrimoine historique, auprès du ministre de la Culture)
Cette sous-représentation a suscité des critiques de la part d’associations comme le Réseau des Femmes Leaders Africaines (AWLN), section Sénégal. Le Dr Coumba Mar Gadio a souligné que cette configuration « ne reflète ni le poids démographique des femmes dans la société sénégalaise, ni leur expertise dans des secteurs stratégiques ». Elle a appelé à des mesures correctives pour renforcer leur présence dans les instances décisionnelles.
3. La dette publique et les relations avec le Fonds monétaire international (FMI)
Le Sénégal fait face à une dette publique colossale, dont une partie cachée estimée à plus de 7 milliards de dollars. Malgré les pressions, le pays a jusqu’à présent refusé toute restructuration. Pourtant, cette question divise profondément entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

L’économiste Amath Ndiaye, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que « la nécessité de trouver un accord avec le FMI pour restructurer la dette est désormais évidente ». Il souligne que le gouvernement doit concilier deux impératifs contradictoires : négocier avec le FMI pour alléger la dette, tout en répondant aux revendications sociales et aux attentes des citoyens en matière de services publics.
« Le gouvernement est pris entre deux logiques : restructurer la dette de manière soutenable, ce qui pourrait impacter les subventions, et faire face aux revendications sociales liées au coût de la vie, au chômage et aux attentes en matière de services publics », explique-t-il. Pour l’universitaire, cette situation complexe exige une approche équilibrée et responsable.
4. Une situation politique inédite
Le politologue Moussa Diaw, professeur émérite à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, qualifie la configuration actuelle de « situation inédite au Sénégal ». Il explique ce paradoxe par des divergences sur l’orientation politique du pays, notamment sur la reddition des comptes, la résolution de la dette et les questions de justice liées aux manifestations de 2021 à 2024.

« On se retrouve dans une situation de cohabitation entre un Président sans majorité et un Parlement dominé par le PASTEF, qui a posé des conditions pour participer au gouvernement sans succès », analyse-t-il. Moussa Diaw met en garde contre les risques de blocage institutionnel et souligne que le gouvernement d’Al Aminou Lo dispose de peu de marge de manœuvre.
« Un gouvernement sans majorité est fragilisé et ne peut se permettre des projets novateurs s’écartant de la ligne tracée par la majorité », précise-t-il. Pour éviter une crise, il appelle à une concertation responsable entre le Président et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, afin de préserver la stabilité du pays dans un contexte économique difficile.
5. Une répartition des pouvoirs conforme à la Constitution
Moussa Diaw insiste sur le fait que la Présidence et l’Assemblée nationale doivent exercer leurs prérogatives respectives en mettant l’intérêt supérieur du Sénégal au-dessus de toute considération politicienne. « Chacun a ses prérogatives constitutionnelles et doit les exercer avec responsabilité pour éviter des crises », souligne-t-il.
Il appelle à une concertation permanente entre les deux institutions pour éviter les tensions et garantir le bon fonctionnement des institutions. « Il faut s’armer de courage et placer l’intérêt national au-dessus des ambitions politiques pour éviter les blocages », conclut-il.