Or au Burkina Faso : les enjeux d’une souveraineté minière en question
Le Burkina Faso mise sur son or pour affirmer son indépendance économique
Le Burkina Faso engage une refonte majeure de sa filière aurifère, marquée par la création en 2023 de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP) et le lancement d’infrastructures décisives comme la raffinerie nationale d’or à Ouagadougou. Cette démarche s’inscrit dans une volonté politique affirmée : reprendre le contrôle de la chaîne de valeur de l’or et asseoir une souveraineté économique sans compromis. Les premiers mois de mise en œuvre affichent des résultats encourageants, avec des quantités record d’or intégrées aux circuits officiels.
Pourtant, derrière cette ambition affichée, des contradictions profondes et des risques géopolitiques émergent, mettant à l’épreuve la solidité de cette stratégie nationale.
Des partenariats extérieurs à double tranchant
La réorganisation du secteur minier burkinabè passe par une diversification des acteurs internationaux, avec l’attribution de permis d’exploitation à des entreprises étrangères, notamment russes comme Nordgold. Si cette approche vise à réduire les dépendances historiques, elle soulève des interrogations majeures :
- Nouveaux risques de dépendance : En remplaçant des partenaires traditionnels par des entités liées à des alliés géopolitiques spécifiques, le Burkina Faso s’expose à de nouvelles vulnérabilités stratégiques, où la stabilité des relations pourrait fluctuer en fonction des dynamiques internationales.
- Impératif de transparence et de gouvernance : Les institutions locales, telles que le BUMIGEB ou la SONASP, doivent prouver leur capacité à assurer une traçabilité irréprochable et à garantir que les retombées économiques profitent directement aux populations, dans un contexte sécuritaire déjà fragilisé par l’instabilité régionale.
Le stockage des réserves d’or : un débat qui en dit long
La polémique autour d’un éventuel stockage partiel des réserves nationales d’or en Russie a révélé les failles potentielles de cette stratégie. Bien que les autorités aient démenti ces rumeurs, qualifiées d’infondées, l’épisode illustre les dangers d’une gestion externalisée du métal précieux :
- Un risque financier majeur : Confier des réserves souveraines à une entité soumise à des sanctions internationales et à des restrictions bancaires mondiales pourrait compromettre la liquidité et la sécurité juridique des actifs du Burkina Faso.
- Une souveraineté minée à la base : L’or représente la dernière ligne de défense financière pour un État. Le confier à un tiers étranger dans un contexte géopolitique tendu irait à l’encontre de l’objectif affiché de « maîtrise totale » et d’autonomie stratégique.
Raffinage local : un symbole fort, mais des défis persistants
L’inauguration d’une raffinerie nationale marque une avancée symbolique majeure pour le Burkina Faso. Cependant, des obstacles techniques et économiques restent à surmonter :
- Approvisionnement et fraude : Pour alimenter régulièrement la raffinerie, il est impératif de lutter contre la fraude dans les sites d’orpaillage artisanal, souvent localisés dans des zones en proie à l’insécurité.
- Retombées concrètes pour les populations : Au-delà des recettes fiscales, le secteur minier doit créer des emplois durables et soutenir le développement des infrastructures locales, sous peine de réduire cette souveraineté économique à une simple déclaration d’intention.
La volonté du gouvernement de transition de rééquilibrer le partage des richesses minières au profit de l’État est compréhensible face aux enjeux nationaux. Toutefois, pour pérenniser cette autonomie, il est essentiel de privilégier la transparence des institutions, la sécurisation interne des réserves et le renforcement des infrastructures locales, plutôt que de s’exposer à des arbitrages géopolitiques complexes et incertains.