Ousmane sonko élu président de l’assemblée nationale au Sénégal

Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale : une victoire politique majeure pour le Pastef

Analyse politique
Ousmane Sonko acclamé par les députés de son parti après son élection à la présidence de l'Assemblée nationale

L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale marque un tournant décisif dans le paysage politique sénégalais. Le leader du parti Pastef-Les Patriotes, majoritaire au Parlement avec 130 sièges sur 165, a été plébiscité par ses pairs malgré les tensions internes avec le président Bassirou Diomaye Faye, issu du même parti. Cette victoire renforce considérablement l’influence du Pastef sur la scène institutionnelle.

Devant sa résidence à la Cité Keur Gorgui, des militants scandent son nom, témoignant de son ancrage populaire. Pourtant, cette élection survient dans un contexte de profondes divergences stratégiques entre les deux figures du parti. Nourdine Diallo, un militant historique, exprime son désarroi : « La rupture entre Diomaye et Sonko nous a profondément affectés. Nous avions promis aux Sénégalais que ces deux dirigeants ne faisaient qu’un. Leur slogan ‘Diomaye est Sonko, Sonko est Diomaye’ incarnait une réalité bien au-delà des mots. »

Un bras de fer institutionnel aux répercussions majeures

Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, survenu juste après une séance parlementaire où il critiquait vivement certaines décisions présidentielles, a exacerbé les tensions. La session parlementaire du 26 mai 2026 doit trancher sur deux points cruciaux : la réintégration de Sonko comme député et l’élection d’un nouveau président pour remplacer El Hadj Malick Ndiaye, démissionnaire depuis le 24 mai. Ce dernier, fidèle allié de Sonko, a quitté ses fonctions en signe de protestation, illustrant la polarisation au sein du parti majoritaire.

Malao Kanté, politologue, met en garde contre les risques d’un conflit direct entre les deux anciens compagnons : « Ousmane Sonko incarne désormais l’opposition, mais une opposition qui détient la majorité parlementaire. Cette situation pourrait déclencher une motion de censure contre le prochain Premier ministre, nommé par Diomaye Faye. Les tensions risquent de paralyser le fonctionnement de l’État et de plonger le pays dans une impasse institutionnelle. »

Des procédures contestées et des appels à la raison

Adama Fall, cadre du Pastef, appelle à dépasser les rivalités personnelles pour privilégier l’intérêt national. Il rappelle que l’histoire africaine regorge de conflits politiques similaires, mais insiste sur le fait que la génération actuelle doit éviter les erreurs du passé : « Nous ne sommes plus dans l’ère de Mamadou Dia et Senghor. Notre génération, consciente et engagée, doit écrire une nouvelle page de l’histoire sénégalaise. »

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux figures clés du Pastef dont les relations se dégradent

La réintégration d’Ousmane Sonko au Parlement, prévue lors de cette session, suscite une vive opposition. Le groupe parlementaire Takuu Walu, dirigé par Aïssata Tall Sall, qualifie la démission d’El Hadj Malick Ndiaye de nulle, estimant qu’elle viole le règlement intérieur de l’Assemblée. Aïssata Tall Sall va jusqu’à dénoncer un coup d’État constitutionnel et appelle Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour bloquer cette procédure. Elle met en garde le président : « Si rien n’est fait, Ousmane Sonko s’attaquera directement à votre fauteuil. »

Face à cette crise, Bassirou Diomaye Faye a nommé un nouveau Premier ministre en la personne d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien ministre d’État et banquier expérimenté de la BCEAO. Ce dernier a lancé un appel urgent à la mobilisation nationale, soulignant que le pays se trouve à un tournant décisif. La nomination de Lô intervient dans un contexte où plusieurs cadres du Pastef, proches de Sonko, ont démissionné en signe de solidarité, amplifiant les fractures au sein du parti.