Ousmane sonko élu président de l’assemblée nationale sénégalaise après son limogeage
Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale sénégalaise après son limogeage
L’ex-Premier ministre Ousmane Sonko a été élu mardi dernier président de l’Assemblée nationale du Sénégal, seulement quatre jours après avoir été limogé par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Cette élection survient dans un contexte politique marqué par des tensions croissantes entre les deux hommes, qui pourraient désormais s’exacerber depuis ce poste stratégique.
Leader incontesté du parti Pastef, majoritaire à l’Assemblée avec 130 sièges sur 165, Sonko a été élu sans surprise à la présidence de l’institution parlementaire. Il succède à El Malick Ndiaye, qui avait démissionné pour lui céder la place. Son élection a été saluée par les députés de son parti, mais boycottée par l’opposition, qui dénonce un « coup d’État institutionnel ».
Lors de son discours d’investiture, Sonko a affirmé qu’il ne « utiliserait pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel ». Il a également précisé que l’Assemblée nationale ne serait « pas une chambre d’enregistrement », promettant d’exercer pleinement ses prérogatives de contre-pouvoir. « Nous voterons les lois conformes à l’intérêt général et rejetterons celles qui ne le sont pas », a-t-il déclaré en wolof.
Un contexte politique tendu entre souveraineté et réformes économiques
Les désaccords entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko portaient notamment sur la gestion de la dette publique, qui atteint 132 % du PIB, et sur la relation avec le Fonds monétaire international (FMI). Alors que le président souhaite relancer un dialogue avec l’institution financière pour obtenir un nouveau programme d’aide, l’ancien Premier ministre défendait une approche plus souverainiste, critiquant notamment le franc CFA.
Ces divergences avaient déjà éclaté au grand jour en juillet 2025, lorsque Sonko avait remis en cause l’autorité du chef de l’État, évoquant un « problème d’autorité » dans le pays. Les tensions se sont encore aggravées début mai 2026, lorsque Faye a critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir.
Quelques heures avant son limogeage, Sonko avait vivement critiqué la gestion des fonds politiques par le président, dénonçant un manque de transparence. Il reprochait également à Faye la lenteur des poursuites contre d’anciens responsables accusés de corruption sous le mandat de Macky Sall.
Un nouveau gouvernement pour apaiser les tensions ?
Le président Bassirou Diomaye Faye a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô au poste de Premier ministre, avec pour mission de former un nouveau gouvernement « dans les plus brefs délais ». Cette nomination est perçue comme un geste envers les bailleurs de fonds et les investisseurs, alors que le Sénégal fait face à une crise économique profonde.
Malgré leurs divergences, Sonko a reconnu des qualités à son successeur, tout en réaffirmant que « dans toutes les démocraties, l’exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité ». Il a également souligné que « la majorité à l’Assemblée nationale doit gouverner », critiquant ainsi la méthode de nomination du président.
Réactions de l’opposition : une élection qualifiée de « mascarade »
L’élection de Sonko a été boycottée par les députés de la principale coalition d’opposition, qui considèrent qu’il a « déjà perdu son mandat de député » et ne peut donc légitimement présider l’Assemblée. « Nous n’allons pas nous associer à cette mascarade », a déclaré le député d’opposition Abdou Mbow.
Cette crise politique survient dans un contexte où Ousmane Sonko, bien qu’empêché de se présenter à la présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, avait soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye. Cependant, des divergences sont apparues entre eux, marquant le début d’une rupture qui a conduit à son limogeage.
L’avenir politique du Sénégal semble désormais plus incertain que jamais, entre les ambitions souverainistes de Sonko et les réformes économiques urgentes prônées par Faye.