Perenco perquisitionné à Paris : une enquête qui ébranle le secteur pétrolier africain
Le géant franco-britannique Perenco, acteur incontournable du pétrole et du gaz en Afrique centrale, fait face à une offensive judiciaire sans précédent. Les 11 et 12 juin 2026, le Parquet national financier a perquisitionné le siège parisien de l’entreprise ainsi que les domiciles de plusieurs dirigeants, dont son président François Perrodo. Téléphones, ordinateurs et documents internes ont été saisis dans le cadre d’une enquête ouverte depuis octobre 2023 pour corruption d’agents publics étrangers et blanchiment d’argent, en lien avec les activités du groupe au Gabon et au Congo-Brazzaville.
Au cœur de l’investigation : des flux financiers suspects qui auraient permis d’obtenir ou de préserver des avantages commerciaux, concessions ou contrats d’exploitation grâce à des mécanismes irréguliers impliquant des responsables publics locaux. Cette affaire relance un débat ancien sur la gestion des ressources naturelles en Afrique centrale, une région parmi les plus riches du continent mais aussi l’une des plus exposées aux controverses sur la transparence des revenus extractifs.
La discrétion de Perenco mise à l’épreuve
Contrairement aux grandes majors cotées en Bourse, Perenco a toujours cultivé une stratégie de discrétion, ce qui lui a permis de se développer rapidement dans des juridictions complexes. Au Gabon, où il est présent depuis plus de trente ans, le groupe est devenu le premier producteur d’hydrocarbures, avec un vaste portefeuille de champs offshore et terrestres.
Un calendrier sensible pour le gaz gabonais
Les perquisitions interviennent à un moment crucial pour Perenco, alors que le groupe poursuit une transformation stratégique majeure axée sur le gaz naturel. Principal opérateur gazier du Gabon, il pilote des projets clés pour la diversification énergétique du pays : les champs d’Igongo et d’Ozangué, l’usine de GPL de Batanga, et surtout le futur projet de liquéfaction flottante (FLNG) de Cap Lopez. Ce dernier, développé avec la Gabon Oil Company pour un investissement d’environ un milliard de dollars, doit entrer en exploitation vers 2028 avec une capacité de 700 000 tonnes de GNL par an.
Parallèlement, Perenco a livré la première phase de la centrale thermique à gaz de Mayumba, destinée à renforcer l’alimentation électrique nationale. Depuis 2006, le groupe affirme avoir investi plus de 500 millions de dollars dans les infrastructures gazières gabonaises, incluant plusieurs centaines de kilomètres de gazoducs.
Des conséquences qui dépassent le cadre judiciaire
À ce stade, aucune mise en examen n’a été prononcée. Les perquisitions constituent une phase d’enquête visant à collecter des preuves. Mais cette affaire soulève des questions bien plus larges pour des économies où les grands projets énergétiques reposent souvent sur quelques opérateurs stratégiques. La fragilisation d’un acteur comme Perenco peut rapidement devenir une question d’intérêt national pour le Gabon et le Congo-Brazzaville.
L’enjeu dépasse la procédure française : il touche à la gouvernance des ressources naturelles, à la crédibilité des partenariats internationaux et à la capacité des États à faire en sorte que les richesses extraites de leur sous-sol servent le développement national. Cette enquête pourrait marquer un tournant dans les relations entre multinationales extractives, États africains et exigences croissantes de transparence dans l’économie mondiale des ressources naturelles.