Présence militaire russe en Libye : un enjeu sécuritaire pour l’Afrique du Nord et le Sahel

Une expansion stratégique des bases aériennes libyennes par Moscou

L’influence militaire russe en Libye s’intensifie avec le déploiement d’effectifs, d’armements et d’infrastructures dans six bases aériennes clés du pays. Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati, Maaten al-Sarra et Tamenhant deviennent des plateformes logistiques majeures pour les opérations russes en Afrique du Nord et au Sahel.

Des bases transformées en hubs opérationnels

Ces sites, autrefois partiellement ou totalement abandonnés après 2011, font l’objet de rénovations et d’extensions soutenues. Les équipements déployés incluent des systèmes de défense aérienne, des avions de combat MiG-29 ainsi que des drones. Parallèlement, des mercenaires et des techniciens militaires russes y sont actifs, tandis que des soldats syriens, selon certaines sources, participent aux travaux de restauration.

La base de Maaten al-Sarra, située près des frontières du Tchad et du Soudan, illustre cette stratégie. Initialement restaurée en décembre 2024, elle permet désormais à Moscou d’approvisionner discrètement des groupes armés au Burkina Faso, au Mali et au Soudan, selon des rapports de terrain.

Al-Khadim : une plateforme multiforme aux multiples usages

À environ 100 km à l’est de Benghazi, la base d’Al-Khadim sert de carrefour pour les transferts d’armes et de ressources. En 2023, des infrastructures supplémentaires ont été construites : hangars, centre récréatif, et probablement des logements et une tour de communication. Une caserne aurait été ajoutée en 2026, renforçant sa capacité opérationnelle.

En 2025, des investigations à source ouverte ont révélé les déplacements d’un cadre de Gazprom entre Al-Khadim et une mine en République centrafricaine, suggérant une coordination entre activités énergétiques et militaires.

Brak Al-Shati et Tamenhant : des bases en pleine mutation

Brak Al-Shati, dans le Sud-Ouest libyen, a vu ses capacités s’accroître avec l’ajout d’un hangar et de deux bâtiments dédiés à la maintenance. Les effectifs russes y ont augmenté de 50 % depuis fin 2024, passant de 300 à 450 hommes.

Tamenhant, utilisée depuis 2023 par les mercenaires du groupe Wagner (précurseur de l’Africa Corps), a subi des travaux d’extension : nouveaux bâtiments, route rénovée et modifications de pistes. Ces aménagements visent à faciliter les livraisons d’armes vers le Soudan.

Un frein aux efforts de paix en Libye

La présence russe perturbe le processus de stabilisation en Libye, en maintenant des factions soutenues par l’extérieur. Elle s’oppose à l’expulsion des troupes et mercenaires étrangers, rendant toute unification nationale plus difficile. Les analystes soulignent que cette ingérence prolonge les tensions et retarde la conclusion d’un accord de paix durable.

Des implications régionales préoccupantes

Les bases libyennes permettent à Moscou d’étendre son influence jusqu’au Sahel. Maaten al-Sarra, par exemple, offre une position idéale pour acheminer des armes vers le Tchad ou le Soudan sans attirer l’attention. Les opérations russes dans la région se traduisent par un trafic accru d’armements et une déstabilisation accrue des pays voisins.

Une stratégie héritée du Moyen-Orient

Après avoir échoué à sécuriser un port en Libye, la Russie a recentré ses efforts sur l’intérieur du pays. Cette approche rappelle sa méthode en Syrie, où elle a longtemps servi de plaque tournante pour les transferts vers d’autres zones de conflit. Aujourd’hui, la Libye occupe cette fonction pour l’Afrique subsaharienne.

Les infrastructures restaurées et construites en Libye reflètent une volonté de pérenniser cette présence, malgré les critiques internationales et les risques d’escalade régionale.