Projet gazier GTA : kosmos energy confirme sa progression au Sénégal et en Mauritanie
Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), piloté par la société américaine Kosmos Energy, marque une étape décisive dans l’exploitation des ressources énergétiques partagées entre le Sénégal et la Mauritanie. Ce champ transfrontalier, dont la première phase a commencé à produire commercialement en début d’année, suscite un vif intérêt à Dakar, où le Premier ministre Ousmane Sonko place la gestion des ressources naturelles au cœur de sa politique économique.
Un partenariat transfrontalier inédit pour l’Afrique de l’Ouest
Issu d’années de négociations serrées entre les deux nations, le projet GTA s’étend sur un gisement situé à la frontière maritime du Sénégal et de la Mauritanie. La répartition des bénéfices est strictement équitable, avec 50 % pour chaque pays, une approche encore rare dans le secteur extractif en Afrique de l’Ouest. Kosmos Energy assure le développement en collaboration avec bp, tandis que les acteurs locaux Petrosen et la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH) représentent les intérêts des États respectifs.
La première phase repose sur une unité flottante de liquéfaction (FLNG), conçue pour transformer le gaz avant son export vers les marchés internationaux. Avec une capacité initiale prévue de 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, la production évolue progressivement vers son rythme optimal après une mise en service technique achevée en 2024 et l’expédition des premières cargaisons.
Kosmos Energy sous le feu des attentes politiques sénégalaises
Depuis l’élection du duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko en mars 2024, le projet GTA fait l’objet d’une surveillance accrue par les autorités dakaroises. Le Premier ministre a clairement exprimé sa volonté de réexaminer les contrats passés, jugés défavorables à l’État. Cette volonté a suscité une période d’hésitation parmi les investisseurs internationaux, dont Kosmos Energy et bp.
La récente communication du groupe américain cherche à rétablir la confiance en confirmant le respect du calendrier opérationnel. Kosmos met en avant la solidité de sa collaboration avec les deux gouvernements et la poursuite des discussions techniques pour les phases futures. Toutefois, certains observateurs financiers ont souligné un écart entre les ambitions initiales et les volumes réellement produits lors des premiers mois d’exploitation.
Sur le plan économique, la montée en puissance du projet GTA représente une manne financière majeure pour les deux pays. Au Sénégal, les prévisions tablent sur des recettes annuelles de plusieurs centaines de milliards de francs CFA une fois la pleine capacité atteinte. Ces fonds devraient alimenter le Fonds intergénérationnel et le budget national, deux piliers de la stratégie sénégalaise de gestion des ressources naturelles.
Phase 2 et souveraineté énergétique : les défis à venir
Au-delà de la première phase, l’attention se porte sur l’extension du projet. La phase 2, initialement prévue pour porter la capacité à environ 3 millions de tonnes par an, reste en suspens en attendant un accord entre les partenaires industriels et les gouvernements. Kosmos Energy évoque la poursuite des études sans s’engager sur un calendrier précis. Les fluctuations des prix internationaux du GNL et la stratégie de désendettement de l’opérateur influencent également cette décision.
La question du contenu local représente un enjeu crucial pour Dakar comme pour Nouakchott. Les autorités sénégalaises ont réaffirmé leur souhait d’intégrer davantage d’entreprises nationales dans la chaîne de valeur, allant de la sous-traitance industrielle aux services logistiques. Ousmane Sonko a également évoqué l’idée d’utiliser une partie de la production gazière pour alimenter les centrales thermiques locales, réduisant ainsi la dépendance énergétique du pays.
Cependant, les marges de manœuvre des gouvernements restent limitées par les accords en vigueur et la nécessité de maintenir l’attractivité du bassin sédimentaire MSGBC. Plusieurs blocs adjacents font encore l’objet d’explorations, et la manière dont les autorités traitent Kosmos Energy et bp pourrait envoyer un signal fort aux futurs investisseurs. La crédibilité des ambitions gazières du Sénégal se joue autant dans l’efficacité de la FLNG que dans les décisions prises à Dakar.